LES GRIGRIS DES POILUS
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En bonne place parmi les vivres , les munitions, la musette et le livret militaire, tout un arsenal ésotérique complète le barda militaire du soldat de 1914-1918. L'ultime recours dans l'enfer des tranchées.
Parce que la peur de la mort tenaille les combattants de la Grande Guerre, ceux-ci cherchent à se rassurer par tous les moyens, y compris les plus irrationnels. Tant pis pour l'esprit critique ! L'angoisse est alors plus forte que la raison.
Dès 1914, en partant au front, certains soldats ont cousu une pièce d'argent dans leur capote afin d'être protégé des balles. D'autres, dans le Morvan ou en Vendée, ont planté un clou dans un arbre, comme une prière. Ce pouvoir attribué au métal en général et au clou en particulier est manifestement très ancien, puisque Tite-Live rapporte que, dans la Rome antique, on éloignait les dangers et les épidémies en enfonçant une tige métallique dans un morceau de bois. Les grandes statues en bois érigées en Allemagne à partir de 1915, dans lesquelles la population est invitée à ficher des clous vendus au bénéfice de la Croix-Rouge, ne font que raviver ces superstitions ancestrales. La presse française se gausse naturellement des Allemands, ces barbares modernes qui en reviennent au « fétichisme des sauvages », mais elle ne dira pas que nombre de poilus portent un clou tordu en guise de bague. On taira les fers à cheval, les trèfles à quatre feuilles, les sachets de terre du pays natal que les soldats italiens portent autour du cou. Le superstitieux, c'est toujours l'autre.
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