La séquestration inhumaine des victimes de Dutroux

Arlon (Belgique)

La séquestration inhumaine des victimes de Dutroux

L'EQUIVALENT d'un rectangle de 65 cm sur 55 pour évoluer :

« O,36 m

2

à deux pour tout faire ».

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[6/6] Jeffrey Epstein, un pédocriminel passé entre les mailles du filet

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Les jurés de la cour d'assises d'Arlon auront l'occasion de

prendre la mesure de « l'exiguïté extraordinaire » de la cache où les jeunes victimes de Marc

Dutroux ont été séquestrées des semaines durant. En attendant de visiter ce réduit dissimulé

derrière les murs de briques épais de la cave de l'accusé à Marcinelle, ils ont suivi, hier,

en élèves appliqués qu'ils sont, le cours de théorie. Les photos, plans et autres croquis tout

en couleurs défilent sur l'écran géant. Une architecte et un enquêteur décrivent les lieux dans

le moindre recoin. Le sous-sol de la masure acquise par Dutroux en 1984 pour 9 000 a été disséqué

après la découverte, le 15 août 1996, de Sabine et Laetitia, recluses dans cette geôle insalubre.

Les deux adolescentes ont été délivrées de l'enfer. Julie et Mélissa, elles, n'y ont pas survécu.

Leur

quotidien dans la cellule grouillant d'insectes fut inhumain. « Il n'y avait pas d'alimentation

en eau courante, pas de lavabo ni d'évier, pas de WC, seulement un seau pour assouvir ses besoins,

détaille à la barre l'architecte Monique Novis. La cache, aménagée dans une ancienne citerne

d'eau de pluie, était dépourvue de lumière et de ventilation naturelles, les murs froids et

humides. La température du sol de béton était en moyenne de 4

o

C. » L'arrivée d'air

était assurée par un tuyau en PVC relié à la cuisine à l'étage. Il revenait à un petit ventilateur

récupéré sur un vieil ordinateur de pulser l'air. L'électricité nécessaire à l'alimentation

de cette ventilation, ainsi que du néon et de la lampe éclairant la cache, ne pouvait être commandée

que de l'extérieur. Tout fonctionnait ensemble. Si les prisonnières voulaient éteindre la lumière,

elles n'avaient d'autre choix que de dévisser l'ampoule.

Leur seul « luxe » : se regarder

dans

un petit miroir

La volubile experte reprend ses chiffres. Hauteur sous plafond : 1,65

m. Surface totale de la cellule : 2,21 m

2

. « Tous les cm

2

étaient occupés...,

poursuit-elle. Il ne restait que 0,36 m

2

de libre pour se tenir plus ou moins debout.

» Jamais avare de commentaire, elle s'interroge sur la capacité, dans ces conditions, de « garder

ses victimes en bon état physique et mental ». Des recluses privées de tout contact avec le

monde extérieur et dont le seul « luxe » était de se regarder dans un petit miroir. Julie et

Mélissa, âgées de 8 ans, sont ainsi censées avoir séjourné 134 jours dans ce réduit dont l'aménagement

n'a été achevé qu'après leur enlèvement, le 24 juin 1995. Pour renforcer l'isolation sonore,

Dutroux a alors fixé une plaque de contreplaqué sur la porte grillagée fermant la cellule et

bouché le tuyau d'arrivée d'air avec du papier journal. L'inspecteur de police Querelle détaille

la couche offerte aux fillettes : deux poutrelles scellées dans le mur barrées d'une dizaine

de planches de bois sur lesquelles était posé un maigre matelas. Il ne se prive pas de livrer

à la cour cette confession de Dutroux : il avait demandé à sa compagne Michèle Martin de peindre

les murs du cachot en jaune « parce que c'est une couleur qui égaye ».

L'idée d'aménager une

cache secrète lui a été suggérée en 1986 par un braqueur en prison. Les travaux ont démarré

en 1993 avec la réalisation de la lourde porte étagère destinée à fondre l'entrée du réduit

dans le mur. Quelque 200 kg de béton posés sur un chariot coulissant. Monique Novis relève les

« précautions de haut niveau » prises pour que la cache demeure indécelable. L'objectif a été

atteint. Il aura fallu que Dutroux guide lui-même les enquêteurs vers son « chef-d'oeuvre »,

comme il l'appelait, pour qu'ils en découvrent enfin l'existence après une série de vaines perquisitions

(nos éditions d'hier)

. Un juré, pourtant, ose une question à l'architecte : « Si l'on avait

utilisé un détecteur de chair, une caméra infrarouge, aurait-on pu déceler une présence humaine

? » La réponse affirmative de l'expert sonne comme un nouveau désaveu pour les enquêteurs chargés

de sonder les maisons de Dutroux.

« Dans ce trou, je n'y mettrai pas

mon chien »

Le

manque criant d'espace dans la geôle de Marcinelle ne permettait pas le stockage de provisions.

Comment Julie et Mélissa ont-elles pu y survivre ? « C'est humainement, scientifiquement, techniquement

impossible », insiste M

e

Beauthier, l'avocat de Laetitia. De fait, les fillettes

sont mortes de faim après avoir été laissées à l'abandon. Sabine, qui y a passé 81 jours, viendra

bientôt confier son témoignage aux jurés d'Arlon, rappelle son avocat avant de lâcher cette

phrase empruntée au père de sa jeune cliente : « Dans ce trou, je n'y mettrai pas mon chien.

» « On aurait réagi autrement si on avait eu plus tôt les informations de la gendarmerie »,

a déclaré hier soir Daniel Lamoque, le chef d'enquête.