Le père de Joséphine (*), assis à la gauche de sa fille, l’enserre dans ses bras. Sa mère, à sa droite, pose sa tête sur ses épaules. La jeune femme reste tendue, ne bouge pas d’un pouce. Sur les bancs, derrière elle, ses proches sont nombreux. Des membres de l’association « L’Amarrée », qui accompagne les femmes victimes de violences, sont également présents. Personne n’imagine le scénario qui va suivre.
L’attente va-t-elle prendre fin ?
Ce mercredi matin, le procès en appel de Matéo Le Doucen, accusé d’avoir violé Joséphine, le 1er janvier 2018, dans le cadre d’une soirée du Nouvel An privée, près de Morlaix, s’ouvre enfin. Elle avait 17 ans quand les faits se sont produits. Elle en a désormais 25. Il a été condamné, en juin 2024, à six ans de prison par la cour d’assises du Finistère. Il a fait appel. La procédure a ensuite été marquée par deux reports. La première fois, l’accusé avait, la veille de son procès, été hospitalisé en psychiatrie. La seconde fois, la grève des avocats contre le projet de loi Darmanin a empêché sa tenue. L’attente, douloureuse pour toutes les parties, allait-elle enfin prendre fin ?
Flottement…
D’emblée, coup de théâtre : les avocats de la défense saisissent la cour d’un incident contentieux. Me Catherine Glon explique que son client se serait désisté de son appel. Elle n’indique pas à quelle date cette demande de désistement a été déposée. L’a-t-elle été au-delà du délai butoir ? L’avocate rennaise demande malgré tout à la cour de l’accepter ! Sollicité, Christian Dreux, avocat général, déclare que, dans ce cas, il entendrait se désister à son tour. Flottement… La cour se retire brièvement.
« Irrégularité procédurale » ?
Il est 10 h 30 lorsque la cour rouvre les débats. Pour aussitôt entendre les avocats de la défense soulever la nullité de la procédure ! « Le droit d’être défendu par un avocat ne doit pas se réduire à une règle cosmétique ! », clame Me Robien Laplace-Claverie. Matéo Le Doucen n’aurait pas été accompagné de son avocat (qui, depuis, n’assure plus sa défense) lors de l’entretien préalable, par le président, à son second procès. En somme, sans avocat à ses côtés, il n’aurait pas pu rendre audible son désistement. Et c’est cette « irrégularité » qui devrait faire que la cour accepte le désistement du jeune homme. « Nous sommes dans une position responsable, assure derechef Me Catherine Glon. Notre client dit qu’il accepte la décision de première instance, qu’il accepte sa culpabilité ! »
« Il a pu exercer ses droits ! »
Il est 11 h 30. C’est au tour de Me Vincent Le Luyer, avocat de la partie civile, de plaider. En quelques minutes, il balaie ce qu’il considère comme des « moyens dilatoires ». « Je ne sais toujours pas quel est le grief de Matéo Le Doucen… Il a été assisté tout au long de la procédure. Il a été condamné, a interjeté appel, a été incarcéré… Il a présenté une demande de mise en liberté, qu’il a obtenue, contre l’avis du parquet. Il a donc pu exercer ses droits ! »
« Aucune nullité n’entache la procédure »
Selon Me Le Luyer, le désistement était possible jusqu’à l’entretien préalable à l’audience de la cour d’assises d’appel. « Je souhaite que ce procès se tienne. Ça a été très dur pour ma cliente de subir un premier procès, d’anticiper un second, puis un troisième… C’est insupportable et même odieux comme procédé de défense ! » Il invite la cour à rejeter « ces moyens dilatoires ». Christian Dreux, avocat général, le rejoint sur le premier point : « L’absence du conseil de l’accusé, lors de l’entretien préalable, est un droit de la défense. Aucune nullité n’entache la procédure ».
« Ce procès n’a plus réellement de sens »
Mais, contre toute attente, il prend aussitôt le contre-pied : « Comment concevoir la poursuite de ce procès ? L’accusé a reconnu sa culpabilité. Maintenir ce procès conduirait à fausser le débat contradictoire. Les intérêts de la défense et de la société que je représente se trouvent confondus. Ce procès n’a plus réellement de sens ».
Il est 12 h 15. La cour se retire pour délibérer. Un quart d’heure plus tard, le président déclare : « La cour constate que l’accusé accepte sa culpabilité, sa condamnation de première instance ». Elle lui donne acte de son désistement. L’arrêt criminel du 27 juin 2024 s’applique. Joséphine est serrée contre ses parents. « C’est un naufrage ! », s’offusquera Me Le Luyer, « amer. Aujourd’hui, le parquet était en dehors des intérêts de la société ».