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Youssef Badr, la courte échelle

Comment un magistrat de Bobigny construit un réseau d’influence au nom de la “diversité” dans la justice.

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Le Petit Minaret Illustré
mars 08, 2026

À la lumière de l'actualité récente autour de Youssef Badr et des débats suscités par la condamnation d'Éric Tegnér, cette enquête publiée il y a trois mois est exceptionnellement rendue accessible à tous.

De son parcours (fils d’immigrés marocains ayant intégré l’Ecole nationale de la magistrature, aujourd’hui premier vice-président adjoint du tribunal judiciaire de Bobigny et président de la 14ème chambre correctionnelle), Youssef Badr a fait un double levier d’influence : auteur d’un livre publié en septembre 2025, Pour une justice aux mille visages : le mythe de l’égalité des chance, et quatre ans plus tôt, fondateur de l’association La courte échelle, qui œuvre dans le mentorat. Deux supports qui lui assurent de passer régulièrement dans les médias, généralistes et spécialisés. Le poste de porte-parole de la Chancellerie, qu’il a occupé entre 2017 et 2019 sous le ministère de Nicole Belloubet, lui a sans aucun doute permis de nouer les contacts ad hoc, contacts qu’il a visiblement su entretenir.

Le récit du chemin parcouru est axé sur des éléments factuels : enfance et jeunesse entre Cergy et Eragny, IUT Carrières juridiques à Villetaneuse, entrée à Assas, intégration de l’École nationale de la magistrature. Les étapes qui jalonnent sa réussite sont pourtant, lorsque Youssef Badr les rapporte, déclinées sur le ton d’un perceptible ressentiment : son parcours, répète-t-il, a été marqué par l’adversité et le racisme, et seules quelques mains tendues lui ont permis de briser le destin prévu pour lui par la société (par la France, quoi).

Youssef Badr incarne le genre de réussite que la République aime à raconter : fils d’immigrés marocains devenu magistrat à Bobigny.
Mais derrière le récit méritocratique, son discours, ses réseaux et son action en général témoignent d’une ambition plus profonde : transformer les représentations mêmes de la justice en France.

La suite de cette enquête est réservée aux abonnés (et un grand merci à ceux qui me soutiennent déjà ! ❤️)

Une certaine conception de la méritocratie…

De son expérience, Youssef Badr ne semble donc pas tirer la conséquence la plus immédiate, à savoir qu’il reste possible, quand on est fils d’immigré, de devenir haut fonctionnaire. Son cas, certes, relève de l’exception, et non de la généralité. Pour autant, Kevin, grandi au fin fond de la Creuse dans une famille modeste, à une heure de bus du collège le plus proche, serait-il moins exceptionnel que Youssef s’il devenait magistrat ?
Tout en mettant en avant l’argument économico-social, Badr, en réalité, relie implicitement la rareté de son parcours (et par là même le faible nombre de magistrats issus de l’immigration arabo-berbère et africaine) au racisme diffus qui selon lui parcourrait la société française : il se réfère ce faisant, évitant néanmoins d’utiliser le terme, à ce que les militants décoloniaux racialistes appellent “le racisme structurel”, ou “racisme d’État”. Le même État pour lequel néanmoins il travaille…

Il n’envisage pas, pour expliquer le phénomène qu’il dénonce, le fait que l’école, dans les zones d’éducation prioritaire notamment, soit devenue un centre aéré, pas plus que la réalité de l’habitus de kartchier, marqué par l’islamo-tribalisme, dont les codes, fondés sur le binôme de l’honneur et de la honte (et non sur celui du sujet responsable et de l’intérêt général), compliquent l’acceptation des règles et des lois françaises. Si aucun élève de Villetaneuse n’a intégré l’ENM après lui, comme Badr l’affirme, ce ne serait donc pas à cause de la nullité intellectuelle dont l’école a fait son maître-mot depuis 50 ans (et qui dans les milieux modestes, n’est pas compensée par la famille), ni à cause du référentiel islamique : non, si la fac de Villetaneuse n’a pas produit d’autres magistrats, c’est à cause des préjugés racistes des Français. Et, apparemment, aussi à cause des médias “d’extrême-droite” qui focalisent sur le voile.

Le mythe du “gamin de cité”

Alors oui, Kevin de la Creuse n’est pas nécessairement mieux représenté à l’ENM (La courte échelle prend d’ailleurs soin d’afficher quelques Français périphériques parmi ses bénéficiaires), mais cela n’empêche pas Badr de vite le délaisser pour revenir à son véritable objet : “le gamin de cité”.

Tout “gamin de quartier doit pouvoir se dire qu’il peut être juge” écrit-il ainsi sur Twitter

Carrément. L’affirmation repose pourtant sur des présupposés très discutables. Celui, notamment, que tout enfant, du 93 ou non, aurait les capacités de réussir l’ENM. C’est faux, et ceci de façon générale.
Le principe méritocratique du concours impliquant une sélection (théoriquement) fondée sur les capacités intellectuelles et les connaissances, il implique de fait la hiérarchisation de ceux qui ont réussi, et l’exclusion de ceux qui ont échoué. Si “n’importe quel gamin” peut se dire qu’il va devenir juge, ceci s’inscrit en faux contre l’essence même du concours : sélectif, et de fait discriminant.

Ce qui mène à un autre présupposé, qui fonde la politique éducative française depuis nombre d’années : le désir vaudrait en soi, dispensant enfants et jeunes gens de l’épreuve (aux deux sens du terme) du réel. Aux capacités et aux connaissances (beaucoup, beaucoup trop “inégalitaires” et du coup vraiment pas “inclusives”…) doit succéder la “motivation”, laquelle pourra d’ailleurs se contenter d’être strictement déclarative.
Le fantasme, autrement dit, doit valoir de droit, et la castration symbolique que représente la difficulté (comme le passage d’un concours, qui implique la possibilité de l’échec) doit disparaître des mécanismes sociaux auxquels se confronte l’individu. Pourtant : si tout aspirant magistrat est voué sur la seule base de son désir à le devenir, que devient le métier de juge ?

La justice doit-elle “ressembler” aux accusés ?

Ce que réclame Badr en réalité pour les gamins de cité, ne serait-ce pas, plutôt qu’une accessibilité automatique au métier (son tweet se limite d’ailleurs prudemment à la possibilité d’être juge, et non à la réalité de la chose), un régime d’exceptionnalité ? Car si son association soutient en droit tout étudiant de milieu modeste, Badr insiste tout de même régulièrement sur le fait qu’il est essentiel, pour les pioupioux de kartchier en délicatesse avec la loi, d’être jugés par des gens “qui leur ressemblent”... En clair, il faut davantage de juges issus de la diversité. C’est dans cette perspective que se situe son action, et non pour “l’égalité des chances”, qui apparaît pour ce qu’elle est, un simple élément de langage mimétique. Car la conséquence s’impose : l’argument de la “ressemblance” tel que présenté par Badr ne vaut pas pour Kevin de la Creuse.

Petite remarque en mode ironie du sort : Badr, tacitement, donne ici raison à l’opinion selon laquelle la délinquance est souvent le fait des descendants d’immigrés.
Plus sérieusement, pour quelles raisons et selon quels principes un magistrat devrait-il “ressembler” à ceux qu’il juge ? Celui qui ne “leur ressemblerait pas” serait-il davantage enclin à l’injustice ? De quelle nature serait, par ailleurs, cette ressemblance ? Trivialement, Badr évoque “la tête qu’il a”, les vêtements qu’il apprécie, son ascendance, le fait qu’il écoute du rap et adore les Nike, le fait qu’il vienne de cité. Euh…sinon, il manquerait pas un autre truc, là, côté “ressemblance” ? (ah bah oui mais lequel, mortecouille ?)

Issus de la bourgeoisie, dit Badr, les magistrats ne peuvent pas comprendre les pioupioux du kartchier. C’est curieux. Tout en s’appuyant sur une réalité (les juges, en effet, comme nombre de Français, ignorent pour la plupart ce qui constitue l’habitus islamo-tribal de cité, qu’ils réduisent à quelques éléments folkloriques), Badr fait pourtant l’impasse sur une de ses conséquences possibles, dont témoigne malheureusement l’actualité judiciaire de ces derniers jours : les juges, justement parce qu’ils ne comprennent pas l’altérité culturelle africaine et arabo-berbère, qu’ils appréhendent sous un angle victimaire et exclusivement économico-social, peuvent faire preuve envers les délinquants issus de l’immigration (ces nouveaux damnés de la terre, ces rejetons maudits du péché colonial) d’une indulgence toute particulière.

Si on se fie à la propagande victimaire que répand Badr (et pas uniquement sur les plateaux et les RS, mais aussi au cœur de l’institution judiciaire elle-même), il semblerait qu’il cherche, en réalité, à légitimer et accélérer l’ethno-différentialisme pratiqué par les magistrats idéologisés. Petit florilège non exhaustif (et bien sûr invérifiable).

Dire que les magistrat ne comprennent pas les codes de cité, ce n’est pas trahir le réel. En revanche, laisser entendre que cette mécompréhension entraînerait de leur part une sévérité accrue, alors même que la réalité témoigne du contraire, relève clairement de la manipulation.

Mais Badr, malgré les apparences, ne plaide pas sur le fond pour une plus grande indulgence des juges envers les descendants d’immigrés. Ce à quoi il aspire, lorsqu’il réclame davantage de magistrats issus de la diversité, insistant sur la nécessité d’avoir en France des juges qui “ressemblent” aux accusés, c’est en réalité à un changement de référentiel.
La ressemblance qu’il appelle de ses vœux, implicitement présentée comme condition au bon exercice de la justice, et comme elle-même plus juste, n’est ni sociale, ni même strictement “raciale”. Mentale, psychique et culturelle, elle se situe au niveau des représentations : juges et délinquants doivent partager un même référentiel de valeurs définissant ce qu’est un “bon” ou un “mauvais” comportement, ce que doivent être les relations entre les gens, les relations au pouvoir et à l’autorité, définissant en un mot les lois et règles régissant la vie en société. Lorsque juges et accusés partagent en effet un même système de valeurs, la sanction, quelle que soit sa sévérité, est comprise par celui qui la reçoit. La justice, naturellement, est ainsi plus efficace, et la vie en société plus sûre.

Un référentiel culturel implicite

La question qui se pose alors est la suivante : quels seraient les nouveaux critères de jugement partagés par juges et délinquants issus de l’immigration arabo-berbère et africaine, et dans quel référentiel s’inscrivent-ils ? On a bien une petite idée, mais pour la valider, il suffit, encore une fois, d’écouter ce que dit Youssef Badr dans les médias et de lire ce qu’il publie sur les réseaux sociaux.
Sans jamais évoquer directement l’islam, Badr s’y réfère pourtant de façon systématique, par plusieurs biais, toujours les mêmes, identifiés depuis longtemps, mais que personne étrangement ne semble reconnaître pour ce qu’ils sont.

Les marqueurs idéologiques

Il y a tout d’abord, évidente, sa défense du voile.

De par la position qu’il occupe, le magistrat ne se contente pas de chialer sur les pauvres musulmanes voilées discriminées : il les fait entrer dans l’institution, par le biais de stages notamment. Ce n’est pas anodin, le statut de stagiaire, ni fonctionnaire, ni contractuel, ni nécessairement en contact avec le public, étant juridiquement flou. De quoi enfoncer un coin dans l’exigence de neutralité religieuse exigée des agents de service public, en jouant sur l’ambiguïté du “cas par cas”.

Visiblement, Badr aime bien recruter des stagiaires voilées au tribunal de Bobigny : les délinquants trouvent-ils en elles des “gens qui leur ressemblent” ?

Il y a cette élève avocate, Houria Choual, passée par La courte échelle, dont aucune photo n’existe sur le web. Goût de l’anonymat ou orthopraxie islamique ???

Il y a ce sophisme concernant sa mère, voilée, qu’il décrit comme “la plus grande républicaine qu’il aie connue”. Rends-toi compte, camarade : elle disait à ses enfants de respecter les profs et les menaçait de séjour au bled s’ils tournaient mal. Waouw.

En vérité, rien de républicain là-dedans : c’est l’attitude classique de la mère maghrébine qui ne veut pas que ses gosses lui fassent honte. Badr sait ce que signifie la République. Pourquoi alors fait-il de sa mère un modèle en la matière, alors qu’elle arbore le signe de la soumission à la loi d’Allah (et celui de sa propre infériorité par rapport aux porteurs de zizis), à l’opposé justement de ce qu’est la citoyenneté française ?

Il y a, aussi, cet humour de cité, signe de reconnaissance communautaire consistant à ricaner des Français que le ramadan commence à gonfler (tout en faisant des musulmans des victimes).

Il y a l’incontournable motif Frifilistin.

Un écosystème d’influence

Il y a les relais, et le réseau dont ils participent.

Abdenour Bidar, créature de la lumière, lui aussi haut-fonctionnaire, paradigme du roudoudisme, qui avec son association Fraternité générale !, grassement subventionnée par l’argent public, fait la pub de La courte échelle.

Il y a ce passage chez AJ plus, média frériste s’il en est.

Il y a le soutien à Yassine Bouzrou, ex-avocat de Frère Latrique Tarik Ramadan, des Traoré, de la mère de petit-ange-parti-trop-tôt-Nahel, entre autres.

Il y a les applaudissements d’Edwy Plenel.

Il y a en clair l’écosystème roudoudiste, dont Badr, du fait de la position institutionnelle qu’il occupe, apparaît comme un levier.

La courte échelle : l’influence par les institutions

C’est là qu’intervient son association, La courte échelle. Car si son livre et ses passages médiatiques relèvent de l’influence, faisant infuser le narratif victimaire de l’islamophobie dans l’opinion (sans jamais user de ce terme, bien entendu), La courte échelle, qui fait partie du collectif mentorat, a vocation quant à elle à agir au sein même de l’institution, dans le très probable but, à terme, de la modifier. Que se apellerio : l’entrisme.
Le discret travail d’introduction du voile au tribunal indique sans ambiguïté le sens du changement souhaité par Badr : rendre peu à peu l’institution judiciaire sharia compatible, en commençant par éroder le principe de neutralité religieuse.

Nouant nombre de partenariats avec des juridictions (menées par de braves magistrats sans doute persuadés d’œuvrer ainsi à l’égalité des chances), La courte échelle tisse ainsi un réseau intra institutionnel, casant ses poulains sur tout le territoire, dont certains, qu’ils en soient ou non conscients, sauront faire progresser l’agenda. En octobre dernier, Youssef Badr parrainait la nouvelle promotion de l’École nationale des greffes, soit 96 futurs directeurs des services de greffe, qui ont prêté serment devant lui.

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