Woodkid, grand bâtisseur d’une cathédrale vide

Avec son album “The Golden Age”, Woodkid a suscité un raz-de-marée médiatique. Mais au-delà du buzz, sa musique nous laisse parfaitement de bois…

Le succès de Woodkid ? Ça nous laisse de bois…

Le succès de Woodkid ? Ça nous laisse de bois… DR

Par Hugo Cassavetti

Publié le 05 avril 2013 à 22h00

Le Lyonnais Yoann Lemoine, alias Woodkid, 30 ans, a été consacré petit prodige du clip grâce à ses vidéos pour Katy Perry, Taylor Swift ou Lana Del Rey. Avec son premier album The Golden Age (« L'Age d'or »), il est aujourd'hui la nouvelle star de la chanson. Il a débuté en travaillant sur Arthur et les Minimoys, de Luc Besson. Ça laisse des traces. Une technique indéniable, un goût affirmé pour l'emphase, une folie des grandeurs, le tout présenté comme la réalisation d'un rêve d'enfant fragile et tourmenté.

L'âge d'or que Woodkid invoque, il ne faut pas aller le chercher très loin. A l'écoute des chansons luxueusement orchestrées de cet innocent maître du buzz, de la mise en scène et du happening – images léchées, forcément « lynchiennes », concert événement sur la tour Eiffel ou au Grand Rex, à faire baver Jean-Michel Jarre –, que trouve-t-on ? Un assemblage pompier de génériques de péplums, d'emprunts au classique et de recyclage du catalogue de ­Depeche Mode, Ultravox et, surtout, Art of noise. Sans oublier, dans le chant, un écho persistant d'Antony (and the Johnsons). Mais sans la voix. Autant dire Miles Davis sans la trompette, Jimi Hendrix sans les doigts.

The Golden Age est une belle ­cathédrale vide. On y cherche en vain la lumière. Tiendrait-on là le ­secret du succès de Woodkid ? La rassurante voix atone d'une génération qui confond profondeur avec un pur savoir-faire mis au service d'une esthétique glacée. Woodkid, frêle ­Pinocchio sensible mais si sûr de lui, se pose en outsider. Dommage pour lui, le grand public et les publicitaires ont adopté sa musique comme bande-son de l'époque.

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