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: À quoi ressemblait La Mecque avant l'islam ?
Dans ce thread, on fait le point sur les données de l'histoire, bien loin des mythes construits par la tradition musulmane tardive.

Le mythe du commerce mecquois
Les sources musulmanes affirment que La Mecque préislamique était un carrefour commercial et religieux.
Les Mecquois auraient bâti leur prospérité sur les échanges commerciaux et le pèlerinage annuel qui accueillait les païens de toute l'Arabie.

Mais l'historienne Patricia Crone a remis en cause ce paradigme dans son livre "Meccan Trade and the Rise of Islam" (1987).

Dans ce livre, elle confronte les sources islamiques avec les données de l'histoire. Sa conclusion: l'histoire du commerce mecquois est un mythe.

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit retour en arrière s'impose.
Le rôle des Arabes dans le commerce antique est bien attesté. Il serait lié à la croissance économique de la région du Levant il y a plus de 2000 ans, qui a accru la demande de marchandises.

Dès lors, l'Arabie est devenue une voie importante pour relier les marchandises en provenance du Yémen et d'Inde jusque dans le territoire de l'Empire byzantin.

Cependant, à la veille de l'islam, le rôle des Arabes avait déjà commencé à décliner.
La raison principale de ce déclin est qu'on préférait transportait les marchandises en provenance d'Inde par bateau plutôt que de les faire transiter par l'Arabie.
La voie maritime permettait de diviser le temps de trajet par 2, 3 ou 4 !
On échappait aussi au risque de razzias.

Stephen Shoemaker évoque également ce point, en soulignant que le commerce se faisait essentiellement par bateau via la mer rouge.
Crone note également que contrairement à une croyance assez répandue, La Mecque ne se trouvait pas sur les grandes routes commerciales.
Relier le Yémen à la Syrie en passant par La Mecque faisait faire un détour de 160km (1000 miles).
La Mecque était "hors des sentiers battus".

Crone s'intéresse ensuite au type des marchandises que les Mecquois auraient marchandé. Les sources musulmanes évoquent surtout les biens de luxe comme les métaux précieux, le parfum, etc.

Mais là encore, les données de l'histoire vont à l'encontre de cette hypothèse.

En réalité, chez les clients supposés des Mecquois, à savoir les Byzantins, on ne trouve pas de traces d'importation de métaux précieux ou de parfums.

Pire, les Byzantins produisaient du parfum en quantité telle que c'est eux qui en vendaient aux Arabes.

La conclusion de Crone n'est pas que les Mecquois ne faisaient aucun commerce du tout. De toute manière, ils y étaient bien obliger pour se procurer les biens qu'ils ne produisaient pas eux-mêmes.
Mais c'était un commerce avant tout local, à l'intérieur-même de l'Arabie.
On entend parfois que Crone serait revenue sur ses déclarations : c'est faux.
Certes, dans un article de 2007, elle évoque la possibilité que les Mecquois aient fourni des équipements en cuir aux soldats romains.
Mais elle précise que cette hypothèse est impossible à prouver.
En fait, comme l'écrit Francis Peters, la prospérité du commerce mecquois avant l'islam est illusion ou une considérable exagération.

Le silence des sources
Crone souligne également qu'il n'existe pas une seule source avant l'islam qui parle de La Mecque. Pas une seule.
Comment expliquer ce "silence frappant et significatif" si La Mecque était un centre économique et religieux important à l'époque ?
Comme l'écrit Peters, toutes les sources sur La Mecque préislamique sont à la fois tardives et proviennent de la tradition islamique.
Aucune source non-musulmane ne peut confirmer quoi que ce soit, pas même son existence.

Ptolémée et Macoraba
On entend parfois que Claudius Ptolémée, un géographe grec du 1er siècle, aurait en fait mentionné La Mecque sur une carte dans son "Manuel de géographie".
Mais cette hypothèse ne tient pas debout.
Pour commencer, Macoraba ne correspond pas à l'emplacement actuel de La Mecque, comme on le voit sur cette carte.
1 : Macoraba
2 : La Mecque
Certes, il a pu commettre une erreur, mais il est généralement assez précis alors que là il s'agirait d'une erreur assez grossière.
Ensuite, Ptolémée parle de Macoraba (Μακοράβα) et pas de Mekka comme on pourrait s'y attendre.
Or, toutes les hypothèses proposées pour expliquer comment on passe de Macoraba à Mekka ne tiennent pas la route d'un point de vue étymologique.
Récemment, Mikhail Bukharin a proposé une interprétation différente : Macoraba dériverait de l'arabe "maghrib", qui signifie "ouest".
Dans ce cas, Ptolémée voulait parler de la partie ouest de la Péninsule arabique, et non d'une ville en particulier.
Ian Morris a montré que l’hypothèse selon laquelle Macoraba = La Mecque n'a jamais été avancée par les auteurs musulmans, qui pourtant connaissaient Ptolémée.
Mais aucun d’entre eux n’a fait le rapprochement entre Macoraba et La Mecque, ce qui montre que ça ne va pas de soi.

En fait, c'est un savant français du 17e siècle, Samuel Bochart, qui a fait le rapprochement pour la première fois, sur la base d'une vague ressemblance entre les deux noms.
Sauf que Ian Morris montre dans son article que Bochart a commis une erreur linguistique.

La conclusion, aussi cruelle soit-elle, est que La Mecque est totalement inconnue des sources avant l'islam. Aucun auteur, aucune carte, aucune chronique ne parle de La Mecque.
Étonnant pour une capitale économique et religieuse où aurait séjourné Abraham, non ?
Alors, à quoi ressemblait vraiment La Mecque avant l'islam ?
Dans le meilleur des cas, c'était un petit village isolé où les habitants vivaient d'une économie de subsistance et pastorale.
Ce n'était ni une ville prestigieuse, ni une ville prospère, nu même une ville tout court.
Dans son étude sur la population de La Mecque à l'époque de Muhammad, Majied Robinson estime qu'il y avait à l'époque environ 500 habitants, dont une centaine d'hommes adultes.

Conclusion :
L'image de La Mecque comme étant le carrefour commercial et religieux de l'Arabie préislamique est une construction tardive des sources islamiques visant à accroître son prestige et sa renommée.
Mais les données de l'histoire ne s'accordent pas avec cette image.

Dans la prochaine partie, on s’intéressera plus précisément à la Ka'ba : ses origines, son histoire et les mythes de sa fondation.
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Sources :
- M. Bukharin, "Mecca on the Caravan Routes in Pre-islamic Antiquity"
- I. Morris, "Mecca and Macoraba"
- S. Sheomaker, "Creating the Qur’an"
- M. Robinson, "The Population Size of Muḥammad’s Mecca"
- F. Peters, "Mecca: A Literary History of the Muslim Holy Land"
- P. Crone, "Quraysh and the Roman army"
- Idem, "Meccan Trade and the Rise of Islam"
- J. Retsö, "The Arabs in Antiquity: Their History from the Assyrians to the Umayyads".