Région la plus septentrionale de la Grèce, frontalière de la Turquie, l’Évros voit passer les migrants, les trafics et les tensions. Reportage pour comprendre ce qui se joue dans cette région de l’Europe.
Cet article est issu d’un mémoire de recherche réalisé en reportage à la frontière de l’Évros.
Un article à retrouver dans le N60 de Conflits. Vatican. La puissance du temps long.
« Envoyez-les à Alexandroúpoli. » Ce dicton populaire dans la Grèce des années 1960 destiné aux fonctionnaires dont on souhaitait se débarrasser exprime à lui seul l’idée que se faisait la majorité́ des Grecs du district de l’Évros, à savoir celle d’une contrée inhospitalière et lointaine, représentation qui perdure aujourd’hui. Situé aux confins septentrionaux de la Grèce, ce district est la seule frontière terrestre du pays avec la Turquie, principalement matérialisée par le fleuve Évros. À l’ouest de la plaine fluviale et littorale, où sont concentrées les populations et les activités, se dressent les contreforts orientaux des Balkans, le massif des Rhodopes, fixant la frontière avec la Bulgarie au nord. Avec son port et son aéroport, Alexandroúpoli sert de porte d’entrée du district.
Une périphérie militarisée face à la Turquie
Autrefois carrefour commercial prospère intégré aux Empires romain puis ottoman permettant d’accéder par le fleuve à la mer Égée (axe nord/sud) et par la plaine et l’antique via Egnatia aux détroits (axe ouest/est), l’Évros est devenue depuis le traité de Lausanne (1922) une périphérie à l’échelle de la Grèce. Éloignée des centres politiques et économiques que sont Thessalonique et Athènes, peu peuplée et marquée par une économie rurale, elle a de plus pâti de sa proximité avec le bloc communiste et la Turquie. Au temps de la guerre froide, la région a été incorporée au sein d’une zone de surveillance militaire conférant de larges pouvoirs administratifs à l’armée.
L’accès à ce district, jusque-là intégré à l’économie du pays, fut restreint afin de se prémunir de la Bulgarie communiste au nord, puis de la Turquie après la crise chypriote de 1974. L’Évros devint le type même de la « marche frontière », constituant l’un des premiers lieux de garnison du pays et un camp retranché. Ainsi, la région acheva de se transformer en un véritable cul-de-sac isolé et éloigné́ du cœur économique du pays. Si la zone militaire a disparu en 1996, son empreinte est encore bien visible aujourd’hui. Sur les routes, il n’est pas rare de croiser des convois militaires : camions et voitures de l’armée circulent entre les garnisons citadines (Orestiada, Alexandroúpoli) et les camps de l’armée dans les espaces ruraux (camp
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