Heidi Taaseh a perdu son fils Shachar pendant l’opération Bordure protectrice, lancée par Israël en 2014 dans la bande de Gaza. Le compte Facebook créé en son honneur était devenu le précieux réceptacle des souvenirs de la famille : il y avait là des photos postées par des amis, des pages commémoratives et des messages de connaissances. Tout a disparu brutalement [en octobre 2022] quand le compte a été d’abord piraté, puis bloqué et enfin supprimé. “Ça a été un choc, comme si quelqu’un avait tué Shachar une seconde fois, confie Heidi. Il y avait tellement de choses importantes dessus, tellement de belles choses.”

Des cas analogues reviennent souvent sur les écrans du service d’assistance de l’Israel Internet Association, et les messages sont parfois bouleversants. “Je suis désemparée. Il y avait de longues conversations avec mon compagnon disparu, et, de manière générale, des souvenirs de ces dix dernières années”, se désole une usagère d’Instagram qui n’a plus accès à son compte. “Il y avait toute ma vie, là-dessus… Je vous en supplie… Je suis à bout”, écrit une autre. “Ces comptes ont une valeur immense, inestimable”, “C’est l’œuvre de la vie de mon père”, “Tout a disparu”, témoignent d’autres.

Des années parties en fumée

À l’évidence, nos souvenirs numériques, personnels mais