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Marina Vlady, une femme est un tigre

Elle retrace dans ses mémoires une longue carrière de comédienne et d'amoureuse. En 1961, elle tourne "Une femme est une femme" avec Godard, qu'elle refuse d'épouser. Son premier mari, ce fut Robert Hossein.

Le Monde

Publié le 15 janvier 2005 à 12h16, modifié le 15 janvier 2005 à 12h16

Temps de Lecture 7 min.

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"Elle, c'est Marina Vlady. Elle est actrice. Elle porte un chandail bleu nuit. Elle est d'origine russe. Ses cheveux sont châtain foncé ou brun clair, je ne sais pas exactement. Maintenant, elle tourne la tête à droite, mais ça n'a pas d'importance." Si, si, ça en a. Ces phrases sont de Jean-Luc Godard. Il les chuchote en voix off, au début de Deux ou trois choses que je sais d'elle, portrait d'une femme momifiée des années 1960. Elle y fait station devant l'évier de la cuisine, sous la surveillance de Bonux, Mir et Javel. Elle rentre chez elle lassée, harassée. "Et après ? Que va-t-on faire ? demande-t-elle à son mari. - On mangera. - Et après ? - On dormira. - Et après ? - Oh, je ne sais pas. Mourir."

Marina Vlady avait rencontré Jean-Luc Godard en 1961. Il lui avait proposé de tourner Une femme est une femme.Actrice en vogue, elle accepte ce défi : tourner un scénario non écrit, pour pas cher. "Puis plus rien. Je ne saurai qu'après la raison de cette charmante entourloupette. Il aimait Anna Karina, mais ce n'était alors qu'une inconnue. Il avait proposé sciemment une actrice trop chère, sachant que mes agents refuseraient que je m'accommode d'un modeste cachet, pour faire accepter Karina. On s'est revus. Pour moi, c'était un frère, un copain. Timide, ardent, velléitaire. Un jour, on passe devant La Courneuve, et je lui demande s'il a lu l'article du Nouvel Observateur sur les filles qui se prostituent dans les grands ensembles. On avait le projet de tourner une adaptation du Lys dans la vallée. Puis je pars rejoindre mon "bellâtre" roumain, avec lequel j'avais une liaison "extraterrestre", et, quand je reviens, il me dit que Balzac est oublié, qu'on va tourner Deux ou trois choses ... (film sur la prostitution des femmes objets dans les banlieues sans àme aménagées par le gaulliste Delouvrier). J'ai dit oui, en refusant la série de La Marquise des Anges, une fortune à portée de main."

C'est l'un des épisodes évoqués par Marina Vlady dans ses mémoires de cinéma, 24 images/seconde, qui viennent de paraître. Révélateur d'un état d'esprit : "J'ai fait ainsi, tout au long de ma vie, des incursions plus ou moins heureuses dans le cinéma d'auteur, préférant le risque au train-train du rôle ressassé à l'infini. Réinterpréter d'un bout à l'autre d'une carrière le même personnage, non merci !" Marina Vlady se fend d'une révélation. La demande de Jean-Luc Godard en mariage. Elle a dit non. "Sa réaction me surprend. A partir de ce refus, plus jamais il ne m'adressa la parole."

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