Alpes-Maritimes : combien votre commune compte d’habitants ?
L’Insee vient de publier « la population de référence » de chaque commune. Un indicateur non sans incidence pour les mairies, surtout avec les municipales.
Photo doc Frantz Chavaroche
C’est officiel ! Depuis le 1er janvier, les Alpes-Maritimes comptent 13.839 habitants de plus.
Chaque année, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) relève les compteurs des quelque 40.000 communes françaises.
Leur « population de référence » est alors gravée dans le marbre pour les 12 mois à venir.
Même si ce portrait démographique du pays est en décalage de deux ans par rapport à la réalité (voir par ailleurs), il n’en fait pas moins foi.
A VOIR AUSSI
L’évaluation de l’Insee fixe notamment les cordons de la bourse.
La dotation générale de fonctionnement versée par l’État aux collectivités est calculée sur la base des « populations de référence ».
Perdre ou gagner ne serait-ce que quelques habitants peut ainsi avoir de lourdes conséquences.
Il n’en faut parfois pas plus pour faire basculer une commune d’une strate du millefeuille administratif français à l’autre.
Le nombre officiel d’habitants est en effet une variable d’ajustement clé. Il entre en compte dans près de 350 textes législatifs ou réglementaires.
Conséquences électorales en 2026
Les élus le savent bien. S’ils scrutent, chaque année, avec fébrilité la publication de l’Insee ce n’est pas seulement parce que le nombre d’habitants en plus ou en moins est un baromètre de l’attractivité de leur territoire.
Nicolas Donadey, le maire de Beuil, préfère d’ailleurs se référer au nombre d’élèves inscrits à l’école pour mesurer le dynamisme de son village.
« Avec 40 enfants cette année, on n’en a jamais eu autant », s’enorgueillit l’édile.
Ce village des Préalpes d’Azur vient pourtant de perdre près de 13 % de sa population en l’espace d’un an.
Ce premier janvier 2026, Beuil est officiellement repassé dans la strate des communes de moins de 500 habitants. Ce qui n’est pas sans conséquence. Surtout en cette année électorale.
Du coup, en mars prochain, il n’y aura plus que 11 sièges à pourvoir au conseil municipal de Beuil. Contre 15 aujourd’hui.
Quatre élus à la trappe c’est « autant de forces vives en moins » au service du village.
« Dans les petites communes comme la nôtre, ce sont les conseillers qui portent les projets de A à Z », rappelle Nicolas Donadey.
Des avantages et des inconvénients
A contrario, Levens qui a franchi la barre des 5.000 administrés depuis le dernier scrutin municipal va pouvoir étoffer son conseil de deux élus supplémentaires, ainsi que de deux suppléants à la faveur de la dernière réforme électorale.
« Classification touristique, marges fiscales... Il y a des avantages, souligne le maire Antoine Véran, mais aussi des contraintes supplémentaires. »
Levens est ainsi désormais tenue, comme toutes les villes de plus de 5.000 habitants, de se doter d’une aire de grand passage. Un sujet sensible dans cette commune azuréenne dont le Grand Pré est régulièrement réquisitionné par la préfecture pour accueillir les gens du voyage.
Antoine Véran estime d’ailleurs qu’il y a deux caps démographiques majeurs : « passer les 5.000 habitants comme Levens, ou atteindre les 3.500 administrés ».
Dans ce dernier cas c’est la loi SRU qui tombe comme un couperet. « L’article 55 s’applique alors, rappelle l’élu, avec un taux de construction dédié au social de 25 %. »
Et ce n’est pas tout. Le recensement de l’Insee régente indirectement nos vies quotidiennes, du nombre de pharmacies présentes sur un territoire aux indemnités des élus en passant par le taux de la taxe foncière acquitté par les contribuables azuréens.
« Population de référence », qu’est-ce que c’est ?
L’Insee fixe chaque année la « population de référence » de chaque commune. En dehors des années de recensement, il s’agit en réalité d’une évaluation statistique du nombre d’habitants qui tient compte des naissances et des décès, mais aussi des nouvelles inscriptions administratives, sur les listes électorales ou auprès des services fiscaux.
Réforme en cours
Autrefois appelée « population légale » cette variable démographique a surtout des conséquences administratives pour l’année à venir.
Car en réalité, elle ne reflète pas la population réellement présente dans une commune au cours de l’exercice.
L’évaluation porte sur l’année N-2, c’est-à-dire que la population de référence publiée ce 1er janvier 2026 est en réalité celle de 2023.
Il faut dire que le calcul est complexe. Mais compte tenu des enjeux pour les collectivités, notamment financiers, l’Insee s’est engagé à raccourcir ses délais de publication de 2 ans à un an.
La réforme pourrait entrer en vigueur dès l’année prochaine. Du coup l’année 2024 serait une « année blanche » puisque la prochaine « population de référence » publiée serait en réalité celle de 2025.
La Côte d’Azur terre d’accueil
Un département attractif, c’est le qualificatif qui convient. Le millésime 2026 de l’Insee, recensant la population de 2023, est marqué par une augmentation record du nombre de Maralpins : +1,24 % en l’espace d’un an.
Une progression qui a même doublé par rapport aux années antérieures. Entre 2016 et 2022, le département a gagné en moyenne 6.400 habitants chaque année. Il a vu ses effectifs se renforcer de 13.839 personnes pour la seule année 2023.
Portant le nombre Maralpines et Maralpins à 1.128.418.
Soit 406 348 âmes de plus qu’en 1968 ! L’équivalent des populations cumulées que comptent à ce jour Nice et Grasse.
Nouvel exode littoral
Pour autant ce n’est pas la fertilité des Maralpins qui dope cette croissance démographique. Moins d’un tiers des 163 communes du département affichent un solde naturel moyen (différence entre naissance et décès) positif sur les sept années écoulées.
L’augmentation de population s’explique avant tout par un apport extérieur.
La France connaît un nouvel exode depuis quelques années. Les régions du centre et du nord est se dépeuplent au profit des zones littorales de la côte atlantique et de la Méditerranée.
Et les Alpes-Maritimes en tirent pleinement profit.
Des gagnants et des perdants
Si, globalement, les Alpes-Maritimes sont en croissance démographique, cette augmentation n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire azuréen.
L’essentielle de la population se concentre sur la Côte. Les quatre plus grandes villes du littoral, dans l’ordre Nice, Antibes, Cannes et Cagnes-sur-Mer, abritent à elles seules la moitié des Maralpins.
Et la tendance n’est pas près de s’inverser. Si les effectifs de la cité des Festivals sont assez stables, ceux de Nice et de Cannes ont continué de progresser ces dernières années. Moins toutefois que leurs petites voisines.
Déséquilibre Est-Ouest
Cagnes a ainsi vu sa population croître de 7 % en 7 ans. Celle de Saint-Laurent-du-Var a augmenté de plus de 12 % sur la même période. Sans égaler toutefois Villeneuve-Loubet dont les effectifs ont bondi de 20 % depuis 2016.
Si l’ouest du département progresse en force, l’est semble d’avantage à la peine. À l’exception notable de Menton qui elle a aussi gagné plus de 7 % d’administrés en 7 ans. C’est néanmoins loin d’être le cas de Roquebrune-Cap-Martin (-3,08 %), Cap-d’Ail (-3,78 %) et surtout Beausoleil qui a perdu près de 14 % de ses effectifs sur la même période.
Un quart d’habitants en plus en un quart de siècle
Sur un temps encore plus long, la chute est même vertigineuse pour Villefranche-sur-Mer qui s’est dépeuplée de 26 % de ses habitants par rapport à 1999.
Alors que d’autres communes azuréennes ont connu une trajectoire diamétralement opposée. Même si celles-là s’éloignent un peu du littoral et des prix au mètre carré devenus, pour beaucoup prohibitifs.
Le coût du foncier a sans doute contribué au développement de Roquefort-les-Pins, Carros ou encore la Roquette-sur-Siagne qui ont gagné un quart d’habitants en plus en l’espace de 25 ans.
La croissance démographique dépasse même les 40 % sur le quart de siècle écoulé à Biot, Pégomas, Saint-André-de-la-Roche, ou encore Levens qui décroche la palme du département avec 45,32 % d’habitants en plus par rapport à 1999.
Du moins pour les villes de plus de 5.000 habitants. Car, toutes catégories confondues, c’est Caussols qui remporte la bataille démographique dans les Alpes-Maritimes avec une explosion de 120 % de sa population en un quart de siècle.
Forte volatilité dans les petites communes
Suivent Marie, Caille ou Andon qui elles aussi ont doublé leurs effectifs. A contrario, Sauze, Roure ou encore Le Mas ont perdu près d’un tiers de leur population.
Du moins si l’on en croit les estimations de l’Insee qui selon la sénatrice Alexandra Borchio Fontimp ne refléteraient pas la réalité du terrain.
L’élue azuréenne vient d’ailleurs d’écrire à la directrice régionale de l’Insee pour l’alerter sur « le risque de sous-évaluation de la population des communes rurales ».
« Risque de sous-évaluation » et « double peine »
La sénatrice prend justement l’exemple du Mas qui, selon elle, « illustre parfaitement ce problème : malgré une attractivité renforcée depuis 2020, des projets d’urbanisme et des services en développement, la population officielle reste figée à 99 habitants. »
Un décalage entre statistiques et réalité « inacceptable », pour cette parlementaire car il conduit à une « double peine » pour les territoires ruraux : « moins de moyens financiers et une représentation institutionnelle réduite ».