Pour comprendre en (presque) un clin d’œil d’où vient l’argent public et comment il est dépensé, nous avons recueilli des données auprès de multiples sources publiques : Insee, Drees, Eurostat, etc. Nous nous fondons sur l’année 2023, dont les chiffres sont consolidés, pour proposer une infographie inédite qui donne des clés pour comprendre le débat budgétaire actuel, en mesurant les ordres de grandeur et les principaux postes de dépenses. Et cela saute aux yeux : les retraites représentent un quart de la dépense publique, et la protection sociale dans son ensemble environ la moitié. Dans la marge, des éclairages sur des éléments de politiques publiques, l’enseignement, la dette ou encore la santé permettent de mieux saisir les enjeux financiers qui pèsent sur la continuité de notre modèle social.

Cette infographie a été réalisée avec l’aide de François Ecalle. Président de Fipeco, site internet d’information sur les finances publiques, il a notamment publié Mécomptes publics : conception et contrôle des politiques publiques depuis 1980 (Odile Jacob, 2025).

 

Recettes et dépenses publiques en 2023 en France

La protection sociale est plus large que la Sécurité sociale. Son principe repose sur le fait de protéger les individus face à différents types de « risques sociaux », comme perdre son emploi, tomber malade, vieillir, devenir handicapé… La protection sociale englobe plusieurs organismes qui contribuent à couvrir ces risques : la Sécurité sociale, la couverture santé et retraite complémentaire, l’Assurance chômage, l’État et les collectivités territoriales (pour le RSA, l’allocation personnalisée d’autonomie, etc.).

La Sécurité sociale est la principale composante du système de protection sociale. Créée en 1945, elle compte cinq « branches » qui gèrent chacune un type de prise en charge de risques sociaux et une 6e pour le recouvrement :

• la branche maladie, gérée par l’Assurance maladie

• la branche accidents du travail et maladies professionnelles, gérée aussi par l’Assurance maladie

• la branche famille, gérée par la CNAF 

• la branche retraite, gérée par l’Assurance retraite

• la branche autonomie, gérée par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et qui s’occupe des risques liés à la perte d’autonomie des personnes âgées et au handicap

• la branche recouvrement, gérée par l’Urssaf.

 

En 2023, d’après l’Insee, les dépenses des administrations de sécurité sociale ont été de 735,3  milliards d’euros. Dans notre infographie, nous publions aussi (en rose) les chiffres de Fipeco, qui utilise un périmètre comptable plus large et inclut toutes les dépenses de protection sociale comme le RSA (financé par les départements) ou l’allocation de solidarité spécifique pour les chômeurs en fin de droits (financée par l’État).   

 

Les dépenses de protection sociale, contrairement au budget général de l’État, disposent en grande partie de recettes qui leur sont directement affectées. Les premières sont les cotisations sociales (à hauteur de 55,1 % en 2023 d’après la Drees), payées en partie par les employeurs et en partie par les salariés. Les impôts et taxes affectés (Itaf), parmi lesquels la Contribution sociale généralisée (CSG) (20 % environ) et des taxes prélevées sur la consommation de tabac et d’alcool et sur les activités polluantes, constituent la deuxième source de financement (30,2 %).

La Sécurité sociale a été fondée initialement selon le modèle dit « bismarckien » : c’est un système assurantiel dans lequel on acquiert des droits sociaux après avoir cotisé sur son salaire. On parle alors de « prestations contributives ». Les pensions de retraite en sont un exemple. Au fil du temps, les ressources de la protection sociale se sont diversifiées et ont intégré des taxes et impôts, comme la CSG, créée en 1991, et la part de la TVA qui leur a été affectée (la « TVA sociale »). En parallèle, des « prestations non contributives » sont apparues : dans une logique de solidarité, elles dépendent des besoins et peuvent être modulées selon les revenus. C’est le cas du RSA comme des allocations familiales. 

 

Les retraites

Les dépenses de retraite sont élevées en France, mais ne dépassent pas excessivement celles de nos voisins européens. En revanche, la part des dépenses publiques est particulièrement importante : parmi les pays de l’OCDE, la France se situe à la deuxième place, après l’Italie, en pourcentage de PIB. Cela est dû à un choix de politique publique, établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : le système par répartition. 

Ces dernières années, les dépenses de retraite ont augmenté rapidement : de 2002 à 2019, elles ont constitué une part croissante de l’ensemble des dépenses publiques, passant de 21,8 % à 24,7 %. En2024, le système de retraite a présenté des dépenses d’un montant de 406,9 milliards d’euros, pour un déficit de 1,7 milliard d’euros, ce qui ne représente cependant que - 0,1 % du PIB. 

Par la suite, dans le scénario de référence retenu par le COR (qui intègre la réforme de 2023, mais pas sa suspension), le système de retraite devrait connaître un déficit en hausse : 6,6 milliards d’euros courants en 2030, soit 0,2 % du PIB. Celui-ci serait dû à une diminution des ressources plus qu’à une hausse des dépenses, qui devraient se stabiliser. Les ressources des retraites sont composées pour près des deux tiers des cotisations du secteur privé et des agents publics. Le reste provient de transferts de l’État. Or le COR anticipe une baisse de ces contributions de l’État. 

 

L’aide médicale d’état (ame)

L’aide médicale d’État, qui facilite l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière, ouvre droit à la prise en charge à 100 % des soins avec dispense d’avance de frais. Elle est souvent pointée du doigt par la droite et l’extrême droite comme des dépenses inutiles. Dans un rapport de 2023, Claude Évin, ancien ministre de la Santé, et Patrick Stefanini, conseiller d’État honoraire, ont analysé que le dispositif sanitaire est « utile, maîtrisé pour l’essentiel, mais exposé à l’augmentation récente du nombre de ses bénéficiaires ». En effet, celui-ci est passé de 316 314 fin 2015 à 466 000 fin 2023 (dont 107 967 mineurs de nationalité étrangère qui ne sont pas juridiquement des étrangers en situation irrégulière) pour des dépenses d’AME de droit commun d’un montant de 1,094 milliard d’euros en 2023. 

 

Les collectivités locales

En septembre 2024, le ministre de l’Économie avait accusé les collectivités locales d’être à l’origine du déficit public accru. Certes, le déficit des collectivités locales a fait un bond de 5 milliards d’euros en 2023 à 11,4 milliards d’euros en 2024, mais il n’explique que 40 % environ de la hausse du déficit global d’après l’Insee. La plus grosse part revenant au budget général de l’État. Ces dernières années, le déficit des collectivités locales est lié à l’augmentation de leurs dépenses : elles ont investi notamment dans la transition écologique et ont appliqué des décisions de l’État comme l’augmentation des salaires dans le secteur social. Mais il est surtout dû à une chute des recettes avec la suppression progressive de la taxe d’habitation sans compensation réelle et la baisse des taxes payées lors d’un achat immobilier (les droits de mutation à titre onéreux), du fait du ralentissement du marché.

 

L’enseignement

En 2023, 75,7 milliards d’euros, soit plus de 92 % des crédits pour la mission « enseignement scolaire », ont été affectés aux salaires des enseignants et autres fonctionnaires de l’Éducation nationale. 

 

Le déficit et la dette

Lorsque les recettes sont inférieures aux dépenses publiques, cela crée du déficit public. Pour subvenir aux dépenses publiques malgré