Faut-il avoir du temps à perdre pour s’intéresser de nouveau à la psychanalyse ! Elle avait disparu des radars, nul ne s’en plaignait vraiment. Longtemps considérée comme une pensée et une pratique de l’émancipation, elle avait réussi jusqu’à ce tour de force de se faire détester par la « gauche de l’émancipation ». Le fait est qu’elle y avait mis du sien — dérives sectaires, hermétisme, et surtout : passage par bataillons entiers du côté des forces de l’ordre symbolique, par exemple caution « scientifique » de la Manif pour tous et de son « Une famille, c’est un papa, une maman ».
Changement de climat : voilà que les catégories de la psychanalyse réapparaissent, le discours de la gauche radicale s’en repeuple, pour les trouver d’intérêt dans la situation présente ou pour les critiquer — signe, en tout cas, qu’elles existent à nouveau. Ce ne sont pas les auteurices du présent texte qui s’en plaindront : leur intention était bien d’y œuvrer.
La résurgence ne va toutefois pas sans réarmer aussitôt ses préventions-réflexes : « Il ne faut pas psychologiser. » On passera sur la confusion du psychologique et du psychique — pourtant séparés d’un abîme —, l’intention « critique » est assez claire : on se tromperait à regarder seulement ce qui se passe « dans la tête des individus (de pouvoir) ». Si tel était le cas, on aurait bien raison de regimber. Le fait est d’ailleurs que bon nombre des ré-usages contemporains donnent raison à une méfiance méthodologique a priori bien fondée : on sait depuis Émile Durkheim qu’on n’explique pas le social par l’individuel. On voit surtout l’indigence des discours qui, penchés sur les dérèglements du monde, ne regardent que MM. Donald Trump, Javier Milei ou Emmanuel Macron — et donnent pour toute explication : « Il est fou. »
Ou bien croient faire meilleure impression en balançant « de la pulsion » à tout-va, n’importe comment. En guise d’explication du fascisme, nous apprenons ainsi qu’il y a des « pulsions (…)