Title : Le Libertaire / fondé par Sébastien Faure
Publisher : [s.n.] (Paris)
Publication date : 1926-04-09
Contributor : Faure, Sébastien (1858-1942). Directeur de publication
Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34447276x
Type : text
Type : printed serial
Language : french
Description : 09 avril 1926
Description : 1926/04/09 (SER4,A32,N53).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse...
Description : Collection numérique : BIPFPIG13
Rights : restricted use
Identifier : ark:/12148/bpt6k29283189
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-5757
Provenance : Bibliothèque nationale de France
Online date : 05/04/2020
Q UATRÏEME St)Rl&
TRENTE-DEUXIEME ANNEE. — N® 93.
Le Numéro : 40 Centime»
VENDREDI 9 AVRIL 1926.
le libertaire
ABONNEMENTS
France
On an .... 15 rr.
Six mois.. 7.50
Trois mois 3.75
Chèque postai :
Ü7RANGER
Un an... 21u
Six mois.. 11 (r.
Trois mois. 6fr
Delecoun 691-12
Les anarchistes veulent instaurer un
milieu social qui assure à chaque indi-
vidu le maximum de bien-être et de
liberté adéquat à chaque époque ,
ORGANE HEBDOMADAIRE DE L’UNION ANARCHISTE
Rédaction et Administration : PIERRE MUALDES
9, rue Louis-Blanc. Paris (10 e )
Chèque postal : Delecourt 691-12
Le danger persiste
=====»?
OEufs de Pâques
Il ne faudrait pas s'endormir.
La situation est de plus en plus grave
et les possibilités de réalisation du plan
maléfique nés aspirants dictateurs s’avè-
rent de jour en jour plus grandes.
Les nouveaux impôts, le chômage per-
sistant, la hausse des produits alimen-
taires créent dans tout le pays un mé-
contentement qui, un jour ou l’autre, se
manifestera par une explosion de colère.
Un mouvement insurrectionnel est en
formation — formé surtout par l’imbé-
cile rapacité des capitalistes qui ne veu-
lent à aucun prix contribuer financière-
ment au sauvetage de leur ordre social..
Comment ce mouvement se dévelop-
pera-t-il ? Vers quelles lins évoluera-t-il ?
Telles sont les questions qu’il faut étui*
fier sérieusement pour pouvoir tirer
une conclusion nette des problèmes pot>
sés par la situation économique actuelle.
•
• *
Si les révolutionnaires, les fédéralis-
tes. les anarchistes, ont su avant ce
mouvement faire une propagande inten-
sive, s'ils ont en même temps su se
souper solidement, s’ils ont su se pré-
munir contre le danger fasciste — en un
mot s'ils se sont bien pénétrés de cette
vérité irréfragable qu’on ne vaincra pas
le fascisme avec des paroles et des affilé*
chues. mais avec les armes identiques
à celles employées par les aspirants dic-
tateurs. Si nous avons assez profondé-
ment fait voir tous les dangers de toutes
les dictatures, alors peut-être que le
mouvement insurrectionnel se dirigera
vers une fin libératrice, vers un achève-
ment fédéraliste libertaire.
Alors ce mouvement de mécontente-
ment prendra figure de révolution so-
ciale. et nous devons tout faire, dès au-
aujourd'hui, pour qu'il en soit ainsi.
Mais si. comme actuellement, les fédé-
ralistes et les libertaires se bornent à
crier de temps eri temps contre le fait*
cime, à organiser de temps à autre un
meeting de protestation, si après ces
coups de gueule ils se rendorment dans
la tiédeur de leur optimisme, alors le
mouvement de mécontentement sera à
la merci de tous les trublions de la dic-
tature et le fascisme blanc, bleu oir
rouge sera la conclusion de l’insurrec-
tion.
•
* *
Car maintenant il faut sortir de la pé-
riode d’hésitation, il faut à tout prix
que les véritables révolutionnaires, ceux
qui veulent voir une société d’individus
libres, il faut à tout prix que ceux-ci se
réveillent, se groupent, s’organisent sé-
rieusement, se préparent à la bataille.
Il faut que, chaque jour, soient dénon-
cés et démasqués les sycophantes qui
lèvent d’instaurer en France un régime
dictatorial. II faut que soient enfin mis
dans le même panier, sans aucune différai
renonciation, le fascisme et le bouche-
visse (cet autre genre de fascisme).
On doit, sous peine d’être appelés ir-
irrémédiablement à être ployés sous le
joug, aller constamment, partout où
nous en avons la possibilité, faire tou-
cher du doigt la nocivité de ces deux es-
pèces de dictature, il faut absolument
que nous proclamions partout que si en
Italie et en Espagne règne une terreur
ignoble, en Russie une même terreur est
en permanence. Que si en Espagne et en
Italie la liberté de penser et d’écrire est
abolie, en Russie, seuls paraissent les
normaux gouvernementaux ou favora-
bles au gouvernement. Qu’en Russie,
comme dans les pays latins soumis à lai
dictature, les prisons regorgent de pen-
seurs condamnés pour des faits stricte-*
ment politiques et que si Mussolini ai
privé de leur nationalité les proscrits, le
gouvernement moscovite a aussi ac-
compli la même infamie et que des Rus-
ses anarchistes doivent vivre à ''étran-
ger parce que menacés de rosît au cas
où ils voudraient retourner en leur pays.
Il faut dire ouvertement que nous
vouons à la même exécration le fait<
cime et. le bolchevisme. Que tous deux
ne sont qu'une même et unique chose
dont il faut à tout prix empêcher l’avère
nemenf en France»
• •
Le fascisme est un danger beaucoup
plus terrible qu’on ne se l’imagine.-
Nombre d’ouvriers sans conception soc*
chiale se laissent prendre à ses appels do
sirène.
Il ne se présente pas du tout comme
on parti de violence, il sait cacher ses
véritables aspirations sous un faux pro*»,
gramme de réformes et de revendicati-
ons immédiates.
Son mouvement de défense de l’artisana-
t, sa longue énumération d’amélio-
rations matérielles — tout cela constitue
des appeaux qui réussissent malheureu-
sement de trop dans les esprits fustes*
Il faut voir, en province surtout, corne*
bien d'ouvriers se laissent prendre aux
appels filandreux et mielleux des diver-
ses organisations de « corporation » qui
sont autant de succursales du Faisceau.!
Pourquoi se laissent-ils prendre ? Par-
ce que les fascistes sont gens malins,*
qu'ils promettent aux ouvriers des*
avantages assez appréciables.
Et ce qui est certain, c’est que s’ils*
arrivent au Pouvoir, ils réaliseront cer-
taines de leurs promesses.
Les communistes, avec leur outrant*
acière démagogie, arrivent aussi à grou-
per des mécontents.
Et ils promettent aussi beaucoup de
beurre sur le pain des ouvriers, au cas
où ils réaliseraient leur rêve : l’acces-
sion de leurs leaders aux ministères.
Communistes et fascistes constituent
un danger auquel il faudrait prendre
garde et vis-à-vis duquel il faudrait en-
visager une position énergiquement
combative.
Nous démasquerons, la semaine pro-
chaine, un fascisme plus dan- Tjjf
verbeux : le fascisme dômocra- jj^
propos d'n, POT
On se souvient de l'explosion de colère
que provoqua , chez les Camelots du Roi, la
saisie par la police d'un certain nombre
d'armes dans une salle où se réunissent ha-
rituellement les chevaliers de la leur de lys.
On se rappelle que lors d'un meeting orga-
nisé dans le 18 e arrondissement , ces mes-
sieurs à particules furent trouvés porteurs
de browniens de la meilleure marque et de
matraques destinés sans doute à enfoncer
solidement les principes du nationalisme in-
tégral dans les caboches rebelles des ou-
vriers parisiens. On sait qu'en toute occa-
sion, les matraqueras fascistes n'hésitent
pas à employer des instruments plus ou
moins confondants pour affirmer la solidité
de leurs convictions en mettant à mal les
glaces des salles de réunion de leurs adver-
saires ci les crânes des paisibles citoyens.
Pour barrer la route au désordre, comme
ils disent, sections royalistes , centuries pa-
triotes , légions fascistes , s'arment et s'exer-
cent en vue des luîtes contre la canaille.
Cela est, par ait-il, normal. Et nul n'a le droit
de s'en inquiéter, ni même de prendre l'élé-
mentaire précaution d'employer les mêmes
moyens à titre préservatif. La police est là,
il est vrai. Mais on a vu , lors du dernier
meeting communiste aux Sociétés Savantes
que cette dernière n'est pas toujours docile
aux objurgations de certains « révolution-
mires ». Il est donc plus prudent de ne pas
trop compter sur les sbires de la république
et d'agir comme s'ils n'existaient pas.
Cela n'est pas, évidemment pour satisfaire
ceux que L'on a appelés très justement les
« bourriques supplémentaires ».
Aussi , chaque fois que des armes sont dé-
couvertes chez des gens qu'ils croient être
de leurs ennemis politiques, leur indigna-
tion se répand dans Les colonnes de leurs
torchons. La moindre panoplie devient pour
eux un prétexte pour hurler au « péril révo-
lutionnaire ». Ils vont même , ce qui est plus
drôle, jusqu'à sommer le gouvernement ac
la République de prendre des mesures con-
tre les collectionneurs d'armes.
C’est ainsi que l’Action. Française de mar-
di dernier dénonçait un garagiste soupçonné
dé bolchevisme et chez lequel on aurait dé-
couvert (c'est l’A. F. qui le dit) « un énorme
stock de mitrailleuses , de fusils, de revol-
vers et de cartouches ». De quoi , paraît-il ,
armer une compagnie sur le pied de guerre.
Mois voici le bouquet : « Il faut espérer
que l'étrange garagiste s'en tirera bien
moins cette fois qu'il ne le fit sous le minis-
tère de M. Hcrriot. »
Voilà Malvy promu au titre de sauveur de
la réaction. Et cela au moment où les trou-
pes du cartel font alliance avec celles de
M. Cachin pour la conquête des sièges par-
lementaires.
Ce serait du plus haut comique si nous ne
connaissions le but de tout ce tapage qui est
de justifier l'existence des « panoplies » fas-
cistes contre lesquelles il faudra bien que
la « canaille » se prémunisse, si elle ne
veut pas être écrasée le four de la « Révolu-
tion Nationale ». Il n'est pas besoin , n'est-ce
pas d'insister. Pierre Mualdès.
EN 2 e PAGE :
UN PEU DE TOUT
par J. CHAZOFF
EN 3* PAGE :
la suite des MEMOIRES
de Nestor MAKHNO
COMITE DE DEFENSE SOCIALE
Pour Kafaël Torrès
Pour faire suspendre l’arrêt de mort qui pèse
sur sa tète ;
Pour faire libérer ensuite l’innocent ;
Pour protester contre les tortionnaires espa-
gnols ; camarades, vous assisterez tous, ven-
dredi 9 avril au
GRAND MEETING
qui aura lieu à 20 h. 30, salle du Grand-Orient,
16, rue Cadet (métro : Cadet).
Orateurs :
Pierre Besnard, ' du Comité de D. Sociale ;
Sébastien Faure ;
Ilan Ryner ;
Georges Pioch ;
Henry Torrès, avocat du Comité ;
Paul Louis ;
J. Longuet,
et un membre de la Ligue des Droits de l’Hom-
me espagnole.
UNION ANARCHISTE
AUX GROUPES DE PROVINCE
Plusieurs groupes, avaient réclamé, pour que
dans le « Libertaire » une « Rubrique de la
Province » ait une place régulière. Le Comité
d’initiative avise les groupes que cette rubrique
leur est acquise. En conséquence, les camarades
peuvent faire parvenir au u Libertaire » les faits
sérieux intéressant leur localité. Vu le petit for-
mat de notre journal, le G. I. recommande des
articles courts.
DOCUMENTATION FINANCIERE
Le groupe du Havre ayant réclamé, la cons-
titution d’un bureau de documentation finan-
cière, nous prions les camarades qui possèdent
des connaissances en ce sens, qui peuvent se
renseigner sur l’activité, sur les tractations des
consortiums industriels, des capitalistes de se
mettre en relation avec le camarade Burgat
2, impasse Coquelin-Ainé au Havre.
AUX GROUPES RETARDATAIRES
Plusieurs groupes n’ont pas encore effectué
leur versement mensuel de mars.
Pour la bonne marche de l’U. A., nous espé-
rons. qu’à ce simple rappel, ils feront le né-
cessaire.
LE CONGRES EXTRAORDINAIRE
Le Comité d’initiative élargi, a décidé la te-
nue d’un Congrès pour les 11, 12, 13 et 14 juillet.
Le lieu où il se tiendra sera fixé suivant l’avis
des groupes, à Paris ou à Clermont-Ferrand.
A cet effet, les groupes répondront au ques-
tionnaire qu’ils recevront incessamment.
Adressez la correspondance de l’Union à
Pierre Odéon, 9, rue Louis-Blanc, Paris (10 e ).
HvAl Jt-“ibSHES SSION
TRICHEUX emprisonné a Toulouse
A BAS LA GUERRE ! QUAND MEME !
Pour avoir combattu les guerres du Maroc
et de Syrie, notre ami Tricheux se vit condam-
ner a huit mois d’emprisonnement. Il vient, sur
l’ordre du Renégat Briand Aristide, d’être jeté
dans la prison de Toulouse.
Tricheux, restera donc enfermé pendant de
longs mois, loin de l’activité militante:
Les gouvernements se trompent s’ils croient
ainsi refréner l’ardeur anti-guerrière des anar-
chistes. Les compagnons du groupe de Tou-
louse et de l’Union Anarchiste continueront la
lutte contre les guerres criminelles envers et
contre les pourvoyeurs de prison. Le frère de
Tricheux nous avise du régime politique mitigé
mis en application à Toulouse. Nous réclamons
pour notre camarade le plein régime politique
auquel il a droit : visites, lecture, etc. Au be-
soin, Tricheux saura l’imposer, aidé par tous
les révolutionnaires.
UNE FÊTE POUR LE LIBERTAIRE
En raison de la représentation de Liluli, par
La Phalange Artistique, la Fête annoncée pour
le 17 avril est reculée. Elle aura lieu irrévoca-
blement le 24 avril, à 20 h. 30, à la salle des
Fêtes, rue de Lancry.
Nous donnerons dans notre prochain numéro,
les premiers détails sur cette soirée que nous
pouvons déjà annoncer comme une des plus
intéressantes que nous ayons organisées.
LE “LIBERTAIRE” POURSUIVI
A la requête du sieur Covin Théophile, curé
de Yitry, nos camarades Rousset et J. Girardin
sont assignés à comparaître devant le tribunal
correctionnel, le 22 juin prochain, pour l’article
intitulé : « Entre curés », paru dans Le Liber-
taire, le 8 janvier.
L’abbé ne nous réclame pas moins de cinq
mille francs de dommages-intérêts. L’ensoutané
ne doute de rien .
V.VAV%VAVAW.V^AVW.W.V .
Assemblée Générale
de la Fédération Parisienne
L’assemblée n’aura pas lieu rue de Meaux,
elle se tiendra au n” 6 de la rue de Lanneau.
Métro : Odéon, Saint-Michel ; demain soir same-
di 10 avril, à 20 h. 30 précises.
Ordre du jour :
1* Les décisions du Congrès de Pantin ;
2" Activité de la Fédération ;
3* Le « Libertaire » ;
4* La Librairie Sociale ;
5‘ Questions diverses.
Tous les camarades groupés de Paris et de
banlieue auront à coeur de se déranger, ils se-
ront présents à leur assemblée générale.
Désarmais on ne pourra plus dire sans être
taxé d’imposture, que les parlementaires ne
s’intéressent pas à leurs électeurs; il ne sera
plus possible d’affirmer que le Peuple Sou-
verain n’est pas l’objet de la plus tendre sol-
licitude des élus.
Avant de prendre leurs vacances de Pâ-
ques, députés et sénateurs se sont livrés à
un travail intensif et exténuant qui occupa
même deux séances de nuit. Après maintes
retouches, ratiocination, reprises de textes,
ils sont arrivés à se mettre d’accord sur une
loi fiscale dont le moins qu’on en puisse dire
c’est qu’elle est bien adéquate à l’esprit de
luche de notre époque.
Le Parlement vient de faire un royal ca-
deau au peuple français. Il est vrai qu’il le
fit dans une période plus qu’équivoque — en-
tre le i er avril et Pâques — ce qui fait que
les impôts prennent tournure de poissons
d'avril et d’œufs de Pâques.
Et ayant ainsi démontré leur souci cons-
tant de sauver la France, les parlementeras
sont partis en villégiature.
Joyeuses Pâques ! dirent-ils à leurs élec-
teurs.
é%
Quelle est donc cette «c merveilleuse » loi
fiscale dont les deux Cliambres ont fait ca-
deau au pays*?
En vérité c’est une loi de compromis —
élaborée pour contenter tous les partis poli-
tiques, elle n'en contente aucun.
Loi votée (comme toutes les autres lois,
du reste) avec la seule préoccupation de faire
triompher des arguties soi-disant doctrinales
— mais aussi avec ce total mépris de ceux
qui sont appelés à la subir.
Et c’est là toute la moralité du régime
comme de tout régime étatique.
Le triomphe de la secte, du parti et. sur-
tout, des appétits de leurs « leaders » im-
porte plus que la réalisation des promesses
faites en période électorale.
Loi qui (comme toute loi, du reste), peut
être appelée Loi Scélérate parce quelle
consacre une fois de plus la puissance du ba-
vardage et du mensonge, de la finance et du
patronat sur le travail.
Ah! cette « taxe civique »! comme elle
sent un héroïsme à la Convention ! Comme
elle redore le blason de la noblesse politi-
cienne ! Comme elle nous rend fiers d'être
Français et, ce qui est mieux, Français en
République !
D’aucuns avaient cru que cet impôt annu-
lait les impôts précédents. Ils avaient pensé
que la taxe civique était établie en rempla-
cement de ce fameux impôt sur les salaires.
Détrompons tout de suite ces naïfs ci-
toyens.
L’impôt sur les salaires sera perçu comme
avant. En plus, les prolétaires paieront le
pourcentage de la taxe.
Ceux qui, gagnant moins de 7.100 francs
n’étaient pas imposés, devront acquitter la
quittance de 40 francs.
Pauvres bougres qui ne gagnez pas 7.100
francs par an ! On aurait pu croire qu’étant
donné votre pauvreté, la Société qui vous
fait si malheureux aurait eu pitié de vous.
On aurait pensé que des victimes comme vous
l’êtes auraient été respectées par les coupa-
bles de votre misère. Non ! point de pitié,
point de sentiment, point d’humanité ! Il faut
implacablement faire payer les gueux.
Et les gueux paieront avec la même passi-
vité dont ils faisaient preuve pour risquer de
se faire tuer et pour voter en faveur des cra-
pules qui les envoyèrent à la guerre.
•
• *
Les quotidiens d'extrême-gauche se sont
répandus en récriminations à l’égard de ces
votes de parlementaires.
Les uns — bloc des gauches première for-
mule — nous affirment que c’est uniquement
parce que les radicaux ont évolué à droite.
Les autres— communistes — argent que
c’est le bloc des gauches qui est le seul res-
ponsable de !a situation.
e Impôt malhonnête, clame le Quotidien ,
parce que ceux qui l’ont proposé et voté
n’avaient pas conscience qu’il faut, en les
circonstances présentes, voter résolument à
gauche. »
« Impôt arbitraire, disent les bolchevistes,
parce que le bloc des gauches, comme le bloc
national, ne pouvait pas faire autre besogne
que celle qui consiste à défendre les inté-
rêts bourgeois et financiers. »
Impôt normal, dirons-nous, parce que
l’Etat, quelle que soit la couleur de son dra-
peau, ne peut faire autrement que de faire
vivre sa nombreuse armée de parasites et de
profiteurs au détriment de ceux qui produi-
sent et sont assez veules pour supporter l’au-
torité des crapules dont toute la valeur con-
siste. à profiter de la crédulité indécrottable
des naïfs qu on appelle, pour être polis, des
électeurs.
Bonnes et joyeuses Pâques ! ont dit les
députés et sénateurs.
Bonnes et joyeuses Pâques ! répéterons-
nous. Avec l’espoir que les œufs mis en cir-
culation contiendront une matière plus dé,
oisive que des bonbons.
Jacques Bonhomme.
La violence bourgeoise
Si l’hypocrisie n’existait pas, nos maîtres
l’inventeraient. La bourgeoisie, qui doit
son règne à la violence, réprouve la force
quand on la lui applique.
Pour maintenir ses privilèges, conserver
ses coffres-forts, se vautrer dans toutes les
postures, se ruer à toutes les orgies, elle
recourt sans remords à la violence pour
abattre ses esclaves révoltés.
Si on lui demande pourquoi elle utilise la
violence, dont elle désapprouve l’emploi par-
les autres, elles répond :
« La raison du plus fort est toujours la
meilleure », oubliant que, tôt ou tard, la
force des salariés annihilera sa brutalité el
lui substituera l’intelligence.
Qui sème le vent récolte la tempête.
La violence toute crue, la violence bes-
tiale. dans la carence des esprits, ne trouve
pas beaucoup d’opposition. L’état cérébral
désastreux des peuples espagnol , italien,
roumain et bulgare est la preuve éclatante
de l’inexistence de la pensée dans ces mal-
heureuses nations. La France, si elle ne
réagit pas, sera bientôt au niveau mental
de ces pays.
La violence qui opprime est un fléau,
la violence qui décimalise, anéantit est un
crime, la violence qui barbarie une partie
de l'humanité est un odieux attentat à la
raison. Cette violence devrait être combat-
tue par tous les hommes de coeur.
Autrefois, l 'insurrection était le plus sa-
cré des droits. Aujourd'hui, ce droit n'est
proclamé que par la petite phalange liber-
taire, les révolutionnaires idéalistes. La
politique a tué l'esprit.
Meus tant que l’individu croupira dans
l'ignorance, acceptera la fatalité gouverne-
mentale, la violence au service de la ri-
chesse déterminera les mêmes effets : mi-
sères, guerres, exploitation de la plèbe et de
la glèbe.
Les travailleurs étant à la merci du pa-
tronat, du capital, de l’autorité, sont les
artisans de leur malheur, parce que non
groupés, non organisés, non conscients.
A la violence systématique des dirigeants,
des possédants, ils n’éprouvent pas le be-
soin d’opposer la violence froide, résolue
des serfs du travail, parce qu'ils ne savent
pas.
Nous ne sommes pas des partisane de la
violence pour la violence. Mieux vaudrait
la compréhension sereine, humaine de cha-
cun pour le bonheur de tous.
L’homme ne devrait pas être un loup pour
l’homme, mais un collaborateur solidaire,
un joyeux et libre compagnon, un égal pour
les tâches nécessaires de la vie.
C’est parce que les humains sont désé-
quilibrés par la routine, les préjugés, la
sottise que la violence est exercée par quel-
ques-uns au détriment du plus grand nom-
bre. La violence est, dans tous les cas, la
condamnation des principes coercitifs, la
preuve de la pourriture autoritaire, le dé-
saveu de la bonté.
La violence se manifeste au sein des So-
ciétés mal organisées. Tout Gouvernement
serait impossible s’il n’y avait ni serviteurs
ni maîtres. Ceux-ci sont des parasites, ceux-
là des dépossédés. Les premiers tremblent
et obéissent, les accapareurs ordonnent et
s’empiffrent.
Entre les uns et les autres, un fossé pro-
fond existe, ce fossé a la largeur de la pau-
vreté à la richesse.
Que la violence s'appuie sur la loi ou la
faiblesse mentale des opprimés, ou que la
loi soit la violence, nul être sensé ne le con-
teste.
La violence qui détruit, la violence ro-
maine, la violence des oppresseurs ou des
conquérants, les âmes bien nées la ré-
prouvent.
La violence — on l’a vu plus d’une fois
au cours de l’Histoire — la violence qui
protège la liberté ou donne à l’homme un
peu plus d’indépendance, cette violence est
un bienfait.
Que les juristes embaumés ou momifiés
l'abominent, que les conservateurs grasse-
ment lotis l’exécrent, que les esclavagistes
de tout acabit la rejettent avec horreur,
l’attitude de ces gens-là est inconséquente.
« Puisque la violence est un mal. disent-
ils, pourquoi en font-ils un fréquent usage
contre les pauvres, les damnés de la rie.
les dupes du salariat ? »
Un peu de logique, messieurs !
Amign—
TRENTE-DEUXIEME ANNEE. — N® 93.
Le Numéro : 40 Centime»
VENDREDI 9 AVRIL 1926.
le libertaire
ABONNEMENTS
France
On an .... 15 rr.
Six mois.. 7.50
Trois mois 3.75
Chèque postai :
Ü7RANGER
Un an... 21u
Six mois.. 11 (r.
Trois mois. 6fr
Delecoun 691-12
Les anarchistes veulent instaurer un
milieu social qui assure à chaque indi-
vidu le maximum de bien-être et de
liberté adéquat à chaque époque ,
ORGANE HEBDOMADAIRE DE L’UNION ANARCHISTE
Rédaction et Administration : PIERRE MUALDES
9, rue Louis-Blanc. Paris (10 e )
Chèque postal : Delecourt 691-12
Le danger persiste
=====»?
OEufs de Pâques
Il ne faudrait pas s'endormir.
La situation est de plus en plus grave
et les possibilités de réalisation du plan
maléfique nés aspirants dictateurs s’avè-
rent de jour en jour plus grandes.
Les nouveaux impôts, le chômage per-
sistant, la hausse des produits alimen-
taires créent dans tout le pays un mé-
contentement qui, un jour ou l’autre, se
manifestera par une explosion de colère.
Un mouvement insurrectionnel est en
formation — formé surtout par l’imbé-
cile rapacité des capitalistes qui ne veu-
lent à aucun prix contribuer financière-
ment au sauvetage de leur ordre social..
Comment ce mouvement se dévelop-
pera-t-il ? Vers quelles lins évoluera-t-il ?
Telles sont les questions qu’il faut étui*
fier sérieusement pour pouvoir tirer
une conclusion nette des problèmes pot>
sés par la situation économique actuelle.
•
• *
Si les révolutionnaires, les fédéralis-
tes. les anarchistes, ont su avant ce
mouvement faire une propagande inten-
sive, s'ils ont en même temps su se
souper solidement, s’ils ont su se pré-
munir contre le danger fasciste — en un
mot s'ils se sont bien pénétrés de cette
vérité irréfragable qu’on ne vaincra pas
le fascisme avec des paroles et des affilé*
chues. mais avec les armes identiques
à celles employées par les aspirants dic-
tateurs. Si nous avons assez profondé-
ment fait voir tous les dangers de toutes
les dictatures, alors peut-être que le
mouvement insurrectionnel se dirigera
vers une fin libératrice, vers un achève-
ment fédéraliste libertaire.
Alors ce mouvement de mécontente-
ment prendra figure de révolution so-
ciale. et nous devons tout faire, dès au-
aujourd'hui, pour qu'il en soit ainsi.
Mais si. comme actuellement, les fédé-
ralistes et les libertaires se bornent à
crier de temps eri temps contre le fait*
cime, à organiser de temps à autre un
meeting de protestation, si après ces
coups de gueule ils se rendorment dans
la tiédeur de leur optimisme, alors le
mouvement de mécontentement sera à
la merci de tous les trublions de la dic-
tature et le fascisme blanc, bleu oir
rouge sera la conclusion de l’insurrec-
tion.
•
* *
Car maintenant il faut sortir de la pé-
riode d’hésitation, il faut à tout prix
que les véritables révolutionnaires, ceux
qui veulent voir une société d’individus
libres, il faut à tout prix que ceux-ci se
réveillent, se groupent, s’organisent sé-
rieusement, se préparent à la bataille.
Il faut que, chaque jour, soient dénon-
cés et démasqués les sycophantes qui
lèvent d’instaurer en France un régime
dictatorial. II faut que soient enfin mis
dans le même panier, sans aucune différai
renonciation, le fascisme et le bouche-
visse (cet autre genre de fascisme).
On doit, sous peine d’être appelés ir-
irrémédiablement à être ployés sous le
joug, aller constamment, partout où
nous en avons la possibilité, faire tou-
cher du doigt la nocivité de ces deux es-
pèces de dictature, il faut absolument
que nous proclamions partout que si en
Italie et en Espagne règne une terreur
ignoble, en Russie une même terreur est
en permanence. Que si en Espagne et en
Italie la liberté de penser et d’écrire est
abolie, en Russie, seuls paraissent les
normaux gouvernementaux ou favora-
bles au gouvernement. Qu’en Russie,
comme dans les pays latins soumis à lai
dictature, les prisons regorgent de pen-
seurs condamnés pour des faits stricte-*
ment politiques et que si Mussolini ai
privé de leur nationalité les proscrits, le
gouvernement moscovite a aussi ac-
compli la même infamie et que des Rus-
ses anarchistes doivent vivre à ''étran-
ger parce que menacés de rosît au cas
où ils voudraient retourner en leur pays.
Il faut dire ouvertement que nous
vouons à la même exécration le fait<
cime et. le bolchevisme. Que tous deux
ne sont qu'une même et unique chose
dont il faut à tout prix empêcher l’avère
nemenf en France»
• •
Le fascisme est un danger beaucoup
plus terrible qu’on ne se l’imagine.-
Nombre d’ouvriers sans conception soc*
chiale se laissent prendre à ses appels do
sirène.
Il ne se présente pas du tout comme
on parti de violence, il sait cacher ses
véritables aspirations sous un faux pro*»,
gramme de réformes et de revendicati-
ons immédiates.
Son mouvement de défense de l’artisana-
t, sa longue énumération d’amélio-
rations matérielles — tout cela constitue
des appeaux qui réussissent malheureu-
sement de trop dans les esprits fustes*
Il faut voir, en province surtout, corne*
bien d'ouvriers se laissent prendre aux
appels filandreux et mielleux des diver-
ses organisations de « corporation » qui
sont autant de succursales du Faisceau.!
Pourquoi se laissent-ils prendre ? Par-
ce que les fascistes sont gens malins,*
qu'ils promettent aux ouvriers des*
avantages assez appréciables.
Et ce qui est certain, c’est que s’ils*
arrivent au Pouvoir, ils réaliseront cer-
taines de leurs promesses.
Les communistes, avec leur outrant*
acière démagogie, arrivent aussi à grou-
per des mécontents.
Et ils promettent aussi beaucoup de
beurre sur le pain des ouvriers, au cas
où ils réaliseraient leur rêve : l’acces-
sion de leurs leaders aux ministères.
Communistes et fascistes constituent
un danger auquel il faudrait prendre
garde et vis-à-vis duquel il faudrait en-
visager une position énergiquement
combative.
Nous démasquerons, la semaine pro-
chaine, un fascisme plus dan- Tjjf
verbeux : le fascisme dômocra- jj^
propos d'n, POT
On se souvient de l'explosion de colère
que provoqua , chez les Camelots du Roi, la
saisie par la police d'un certain nombre
d'armes dans une salle où se réunissent ha-
rituellement les chevaliers de la leur de lys.
On se rappelle que lors d'un meeting orga-
nisé dans le 18 e arrondissement , ces mes-
sieurs à particules furent trouvés porteurs
de browniens de la meilleure marque et de
matraques destinés sans doute à enfoncer
solidement les principes du nationalisme in-
tégral dans les caboches rebelles des ou-
vriers parisiens. On sait qu'en toute occa-
sion, les matraqueras fascistes n'hésitent
pas à employer des instruments plus ou
moins confondants pour affirmer la solidité
de leurs convictions en mettant à mal les
glaces des salles de réunion de leurs adver-
saires ci les crânes des paisibles citoyens.
Pour barrer la route au désordre, comme
ils disent, sections royalistes , centuries pa-
triotes , légions fascistes , s'arment et s'exer-
cent en vue des luîtes contre la canaille.
Cela est, par ait-il, normal. Et nul n'a le droit
de s'en inquiéter, ni même de prendre l'élé-
mentaire précaution d'employer les mêmes
moyens à titre préservatif. La police est là,
il est vrai. Mais on a vu , lors du dernier
meeting communiste aux Sociétés Savantes
que cette dernière n'est pas toujours docile
aux objurgations de certains « révolution-
mires ». Il est donc plus prudent de ne pas
trop compter sur les sbires de la république
et d'agir comme s'ils n'existaient pas.
Cela n'est pas, évidemment pour satisfaire
ceux que L'on a appelés très justement les
« bourriques supplémentaires ».
Aussi , chaque fois que des armes sont dé-
couvertes chez des gens qu'ils croient être
de leurs ennemis politiques, leur indigna-
tion se répand dans Les colonnes de leurs
torchons. La moindre panoplie devient pour
eux un prétexte pour hurler au « péril révo-
lutionnaire ». Ils vont même , ce qui est plus
drôle, jusqu'à sommer le gouvernement ac
la République de prendre des mesures con-
tre les collectionneurs d'armes.
C’est ainsi que l’Action. Française de mar-
di dernier dénonçait un garagiste soupçonné
dé bolchevisme et chez lequel on aurait dé-
couvert (c'est l’A. F. qui le dit) « un énorme
stock de mitrailleuses , de fusils, de revol-
vers et de cartouches ». De quoi , paraît-il ,
armer une compagnie sur le pied de guerre.
Mois voici le bouquet : « Il faut espérer
que l'étrange garagiste s'en tirera bien
moins cette fois qu'il ne le fit sous le minis-
tère de M. Hcrriot. »
Voilà Malvy promu au titre de sauveur de
la réaction. Et cela au moment où les trou-
pes du cartel font alliance avec celles de
M. Cachin pour la conquête des sièges par-
lementaires.
Ce serait du plus haut comique si nous ne
connaissions le but de tout ce tapage qui est
de justifier l'existence des « panoplies » fas-
cistes contre lesquelles il faudra bien que
la « canaille » se prémunisse, si elle ne
veut pas être écrasée le four de la « Révolu-
tion Nationale ». Il n'est pas besoin , n'est-ce
pas d'insister. Pierre Mualdès.
EN 2 e PAGE :
UN PEU DE TOUT
par J. CHAZOFF
EN 3* PAGE :
la suite des MEMOIRES
de Nestor MAKHNO
COMITE DE DEFENSE SOCIALE
Pour Kafaël Torrès
Pour faire suspendre l’arrêt de mort qui pèse
sur sa tète ;
Pour faire libérer ensuite l’innocent ;
Pour protester contre les tortionnaires espa-
gnols ; camarades, vous assisterez tous, ven-
dredi 9 avril au
GRAND MEETING
qui aura lieu à 20 h. 30, salle du Grand-Orient,
16, rue Cadet (métro : Cadet).
Orateurs :
Pierre Besnard, ' du Comité de D. Sociale ;
Sébastien Faure ;
Ilan Ryner ;
Georges Pioch ;
Henry Torrès, avocat du Comité ;
Paul Louis ;
J. Longuet,
et un membre de la Ligue des Droits de l’Hom-
me espagnole.
UNION ANARCHISTE
AUX GROUPES DE PROVINCE
Plusieurs groupes, avaient réclamé, pour que
dans le « Libertaire » une « Rubrique de la
Province » ait une place régulière. Le Comité
d’initiative avise les groupes que cette rubrique
leur est acquise. En conséquence, les camarades
peuvent faire parvenir au u Libertaire » les faits
sérieux intéressant leur localité. Vu le petit for-
mat de notre journal, le G. I. recommande des
articles courts.
DOCUMENTATION FINANCIERE
Le groupe du Havre ayant réclamé, la cons-
titution d’un bureau de documentation finan-
cière, nous prions les camarades qui possèdent
des connaissances en ce sens, qui peuvent se
renseigner sur l’activité, sur les tractations des
consortiums industriels, des capitalistes de se
mettre en relation avec le camarade Burgat
2, impasse Coquelin-Ainé au Havre.
AUX GROUPES RETARDATAIRES
Plusieurs groupes n’ont pas encore effectué
leur versement mensuel de mars.
Pour la bonne marche de l’U. A., nous espé-
rons. qu’à ce simple rappel, ils feront le né-
cessaire.
LE CONGRES EXTRAORDINAIRE
Le Comité d’initiative élargi, a décidé la te-
nue d’un Congrès pour les 11, 12, 13 et 14 juillet.
Le lieu où il se tiendra sera fixé suivant l’avis
des groupes, à Paris ou à Clermont-Ferrand.
A cet effet, les groupes répondront au ques-
tionnaire qu’ils recevront incessamment.
Adressez la correspondance de l’Union à
Pierre Odéon, 9, rue Louis-Blanc, Paris (10 e ).
HvAl Jt-“ibSHES SSION
TRICHEUX emprisonné a Toulouse
A BAS LA GUERRE ! QUAND MEME !
Pour avoir combattu les guerres du Maroc
et de Syrie, notre ami Tricheux se vit condam-
ner a huit mois d’emprisonnement. Il vient, sur
l’ordre du Renégat Briand Aristide, d’être jeté
dans la prison de Toulouse.
Tricheux, restera donc enfermé pendant de
longs mois, loin de l’activité militante:
Les gouvernements se trompent s’ils croient
ainsi refréner l’ardeur anti-guerrière des anar-
chistes. Les compagnons du groupe de Tou-
louse et de l’Union Anarchiste continueront la
lutte contre les guerres criminelles envers et
contre les pourvoyeurs de prison. Le frère de
Tricheux nous avise du régime politique mitigé
mis en application à Toulouse. Nous réclamons
pour notre camarade le plein régime politique
auquel il a droit : visites, lecture, etc. Au be-
soin, Tricheux saura l’imposer, aidé par tous
les révolutionnaires.
UNE FÊTE POUR LE LIBERTAIRE
En raison de la représentation de Liluli, par
La Phalange Artistique, la Fête annoncée pour
le 17 avril est reculée. Elle aura lieu irrévoca-
blement le 24 avril, à 20 h. 30, à la salle des
Fêtes, rue de Lancry.
Nous donnerons dans notre prochain numéro,
les premiers détails sur cette soirée que nous
pouvons déjà annoncer comme une des plus
intéressantes que nous ayons organisées.
LE “LIBERTAIRE” POURSUIVI
A la requête du sieur Covin Théophile, curé
de Yitry, nos camarades Rousset et J. Girardin
sont assignés à comparaître devant le tribunal
correctionnel, le 22 juin prochain, pour l’article
intitulé : « Entre curés », paru dans Le Liber-
taire, le 8 janvier.
L’abbé ne nous réclame pas moins de cinq
mille francs de dommages-intérêts. L’ensoutané
ne doute de rien .
V.VAV%VAVAW.V^AVW.W.V .
Assemblée Générale
de la Fédération Parisienne
L’assemblée n’aura pas lieu rue de Meaux,
elle se tiendra au n” 6 de la rue de Lanneau.
Métro : Odéon, Saint-Michel ; demain soir same-
di 10 avril, à 20 h. 30 précises.
Ordre du jour :
1* Les décisions du Congrès de Pantin ;
2" Activité de la Fédération ;
3* Le « Libertaire » ;
4* La Librairie Sociale ;
5‘ Questions diverses.
Tous les camarades groupés de Paris et de
banlieue auront à coeur de se déranger, ils se-
ront présents à leur assemblée générale.
Désarmais on ne pourra plus dire sans être
taxé d’imposture, que les parlementaires ne
s’intéressent pas à leurs électeurs; il ne sera
plus possible d’affirmer que le Peuple Sou-
verain n’est pas l’objet de la plus tendre sol-
licitude des élus.
Avant de prendre leurs vacances de Pâ-
ques, députés et sénateurs se sont livrés à
un travail intensif et exténuant qui occupa
même deux séances de nuit. Après maintes
retouches, ratiocination, reprises de textes,
ils sont arrivés à se mettre d’accord sur une
loi fiscale dont le moins qu’on en puisse dire
c’est qu’elle est bien adéquate à l’esprit de
luche de notre époque.
Le Parlement vient de faire un royal ca-
deau au peuple français. Il est vrai qu’il le
fit dans une période plus qu’équivoque — en-
tre le i er avril et Pâques — ce qui fait que
les impôts prennent tournure de poissons
d'avril et d’œufs de Pâques.
Et ayant ainsi démontré leur souci cons-
tant de sauver la France, les parlementeras
sont partis en villégiature.
Joyeuses Pâques ! dirent-ils à leurs élec-
teurs.
é%
Quelle est donc cette «c merveilleuse » loi
fiscale dont les deux Cliambres ont fait ca-
deau au pays*?
En vérité c’est une loi de compromis —
élaborée pour contenter tous les partis poli-
tiques, elle n'en contente aucun.
Loi votée (comme toutes les autres lois,
du reste) avec la seule préoccupation de faire
triompher des arguties soi-disant doctrinales
— mais aussi avec ce total mépris de ceux
qui sont appelés à la subir.
Et c’est là toute la moralité du régime
comme de tout régime étatique.
Le triomphe de la secte, du parti et. sur-
tout, des appétits de leurs « leaders » im-
porte plus que la réalisation des promesses
faites en période électorale.
Loi qui (comme toute loi, du reste), peut
être appelée Loi Scélérate parce quelle
consacre une fois de plus la puissance du ba-
vardage et du mensonge, de la finance et du
patronat sur le travail.
Ah! cette « taxe civique »! comme elle
sent un héroïsme à la Convention ! Comme
elle redore le blason de la noblesse politi-
cienne ! Comme elle nous rend fiers d'être
Français et, ce qui est mieux, Français en
République !
D’aucuns avaient cru que cet impôt annu-
lait les impôts précédents. Ils avaient pensé
que la taxe civique était établie en rempla-
cement de ce fameux impôt sur les salaires.
Détrompons tout de suite ces naïfs ci-
toyens.
L’impôt sur les salaires sera perçu comme
avant. En plus, les prolétaires paieront le
pourcentage de la taxe.
Ceux qui, gagnant moins de 7.100 francs
n’étaient pas imposés, devront acquitter la
quittance de 40 francs.
Pauvres bougres qui ne gagnez pas 7.100
francs par an ! On aurait pu croire qu’étant
donné votre pauvreté, la Société qui vous
fait si malheureux aurait eu pitié de vous.
On aurait pensé que des victimes comme vous
l’êtes auraient été respectées par les coupa-
bles de votre misère. Non ! point de pitié,
point de sentiment, point d’humanité ! Il faut
implacablement faire payer les gueux.
Et les gueux paieront avec la même passi-
vité dont ils faisaient preuve pour risquer de
se faire tuer et pour voter en faveur des cra-
pules qui les envoyèrent à la guerre.
•
• *
Les quotidiens d'extrême-gauche se sont
répandus en récriminations à l’égard de ces
votes de parlementaires.
Les uns — bloc des gauches première for-
mule — nous affirment que c’est uniquement
parce que les radicaux ont évolué à droite.
Les autres— communistes — argent que
c’est le bloc des gauches qui est le seul res-
ponsable de !a situation.
e Impôt malhonnête, clame le Quotidien ,
parce que ceux qui l’ont proposé et voté
n’avaient pas conscience qu’il faut, en les
circonstances présentes, voter résolument à
gauche. »
« Impôt arbitraire, disent les bolchevistes,
parce que le bloc des gauches, comme le bloc
national, ne pouvait pas faire autre besogne
que celle qui consiste à défendre les inté-
rêts bourgeois et financiers. »
Impôt normal, dirons-nous, parce que
l’Etat, quelle que soit la couleur de son dra-
peau, ne peut faire autrement que de faire
vivre sa nombreuse armée de parasites et de
profiteurs au détriment de ceux qui produi-
sent et sont assez veules pour supporter l’au-
torité des crapules dont toute la valeur con-
siste. à profiter de la crédulité indécrottable
des naïfs qu on appelle, pour être polis, des
électeurs.
Bonnes et joyeuses Pâques ! ont dit les
députés et sénateurs.
Bonnes et joyeuses Pâques ! répéterons-
nous. Avec l’espoir que les œufs mis en cir-
culation contiendront une matière plus dé,
oisive que des bonbons.
Jacques Bonhomme.
La violence bourgeoise
Si l’hypocrisie n’existait pas, nos maîtres
l’inventeraient. La bourgeoisie, qui doit
son règne à la violence, réprouve la force
quand on la lui applique.
Pour maintenir ses privilèges, conserver
ses coffres-forts, se vautrer dans toutes les
postures, se ruer à toutes les orgies, elle
recourt sans remords à la violence pour
abattre ses esclaves révoltés.
Si on lui demande pourquoi elle utilise la
violence, dont elle désapprouve l’emploi par-
les autres, elles répond :
« La raison du plus fort est toujours la
meilleure », oubliant que, tôt ou tard, la
force des salariés annihilera sa brutalité el
lui substituera l’intelligence.
Qui sème le vent récolte la tempête.
La violence toute crue, la violence bes-
tiale. dans la carence des esprits, ne trouve
pas beaucoup d’opposition. L’état cérébral
désastreux des peuples espagnol , italien,
roumain et bulgare est la preuve éclatante
de l’inexistence de la pensée dans ces mal-
heureuses nations. La France, si elle ne
réagit pas, sera bientôt au niveau mental
de ces pays.
La violence qui opprime est un fléau,
la violence qui décimalise, anéantit est un
crime, la violence qui barbarie une partie
de l'humanité est un odieux attentat à la
raison. Cette violence devrait être combat-
tue par tous les hommes de coeur.
Autrefois, l 'insurrection était le plus sa-
cré des droits. Aujourd'hui, ce droit n'est
proclamé que par la petite phalange liber-
taire, les révolutionnaires idéalistes. La
politique a tué l'esprit.
Meus tant que l’individu croupira dans
l'ignorance, acceptera la fatalité gouverne-
mentale, la violence au service de la ri-
chesse déterminera les mêmes effets : mi-
sères, guerres, exploitation de la plèbe et de
la glèbe.
Les travailleurs étant à la merci du pa-
tronat, du capital, de l’autorité, sont les
artisans de leur malheur, parce que non
groupés, non organisés, non conscients.
A la violence systématique des dirigeants,
des possédants, ils n’éprouvent pas le be-
soin d’opposer la violence froide, résolue
des serfs du travail, parce qu'ils ne savent
pas.
Nous ne sommes pas des partisane de la
violence pour la violence. Mieux vaudrait
la compréhension sereine, humaine de cha-
cun pour le bonheur de tous.
L’homme ne devrait pas être un loup pour
l’homme, mais un collaborateur solidaire,
un joyeux et libre compagnon, un égal pour
les tâches nécessaires de la vie.
C’est parce que les humains sont désé-
quilibrés par la routine, les préjugés, la
sottise que la violence est exercée par quel-
ques-uns au détriment du plus grand nom-
bre. La violence est, dans tous les cas, la
condamnation des principes coercitifs, la
preuve de la pourriture autoritaire, le dé-
saveu de la bonté.
La violence se manifeste au sein des So-
ciétés mal organisées. Tout Gouvernement
serait impossible s’il n’y avait ni serviteurs
ni maîtres. Ceux-ci sont des parasites, ceux-
là des dépossédés. Les premiers tremblent
et obéissent, les accapareurs ordonnent et
s’empiffrent.
Entre les uns et les autres, un fossé pro-
fond existe, ce fossé a la largeur de la pau-
vreté à la richesse.
Que la violence s'appuie sur la loi ou la
faiblesse mentale des opprimés, ou que la
loi soit la violence, nul être sensé ne le con-
teste.
La violence qui détruit, la violence ro-
maine, la violence des oppresseurs ou des
conquérants, les âmes bien nées la ré-
prouvent.
La violence — on l’a vu plus d’une fois
au cours de l’Histoire — la violence qui
protège la liberté ou donne à l’homme un
peu plus d’indépendance, cette violence est
un bienfait.
Que les juristes embaumés ou momifiés
l'abominent, que les conservateurs grasse-
ment lotis l’exécrent, que les esclavagistes
de tout acabit la rejettent avec horreur,
l’attitude de ces gens-là est inconséquente.
« Puisque la violence est un mal. disent-
ils, pourquoi en font-ils un fréquent usage
contre les pauvres, les damnés de la rie.
les dupes du salariat ? »
Un peu de logique, messieurs !
Amign—
Estimated OCR rate for this document : 97.75%.
Learn more
Learn more
The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The
estimated recognition rate for this document is 97.75%.
Page
pagination number View 1/4- Search in the document Search in the document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k29283189/f1.image ×
Search in the document
- Sharing and sending by e-mail Sharing and sending by e-mail https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k29283189/f1.image
- Downloading / printing Downloading / printing https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k29283189/f1.image
- Staging Staging ×
Staging
Créer facilement :
- Bookmark Bookmark https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k29283189/f1.image ×
Manage your personal area
Add this document
Add/See bookmark(s)
My selections ()Title - Buy a reproduction Buy a reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k29283189
- Buy the complete book Buy the complete book https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k29283189
- Anomaly reporting Anomaly reporting https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Help Help https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k29283189/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest