Le 25 mai 1965, Neil Leifer se retrouve « juste en face du lion terrassé par le chasseur ». Il a 22 ans. Six décennies plus tard, son talent à capter ce choc de titans continue à entretenir sa légende. Et son compte en banque. Ce soir-là, dans une salle sans attrait de Lewiston, dans le Maine, devant 4 000 spectateurs, Mohamed Ali offre une revanche à Sonny Liston pour le titre mondial des poids lourds. Dix ans séparent les deux combattants. En moins de deux minutes, le jeune Ali, short blanc, terrasse son adversaire, guère enclin à se relever. Le vainqueur lance un regard incendiaire, hurle sa rage. Placé pile en face, Neif Leifer appuie sur le déclencheur de son Rolleiflex. Le résultat est une merveille de technique, un uppercut de muscles et de sueur, un éclat d'histoire américaine. Pour lequel il faut aujourd'hui débourser plus de 20 000 € pour un tirage en format 50 x 50.
Neif Leifer appartient à ce cercle restreint de photographes, en majorité anglo-saxons, qui ont tout photographié pour Sports Illustrated, Life ou Time Magazine : les présidents américains, les papes, Fidel Castro, Marlon Brando... Habité par son métier, il a passé sa vie dans les avions, les stades et les studios. Il a 16 ans lors de sa première publication dans SI : un touchdown d'anthologie au Yankee Stadium de New York, sa ville. Non accrédité car trop jeune, il est entré en poussant un handicapé en fauteuil roulant, son appareil en bandoulière.
Il croise pour la première fois Cassius Clay (futur Mohamed Ali) aux JO de 1960. Ils ont le même âge, sympathisent. Neil Leifer couvrira 35 combats du « Greatest », jusqu'à Manille et Kinshasa. « Avoir Ali dans mon viseur était un jeu d'enfant, un rêve de photographe, disait-il dans nos pages en 2007. Il aimait l'objectif et l'objectif l'aimait. » Il décrit un complice très concerné par les prises de vue : « Il voulait voir chaque Polaroid test. Il répétait sans cesse : "De toute façon, avec moi ce n'est pas possible de rater une photo, je suis trop beau..." Il n'avait pas tout à fait tort. À part Marilyn Monroe, je ne vois pas qui prenait mieux la lumière que lui. » Pas même Carl Lewis, qu'il a fait poser en 1984 avec quatre médailles d'or, avant même qu'il ne les gagne lors des Jeux de Los Angeles.
« Tout à coup, l'homme noir est fort et sublime »
« Tout Ali raconté en un clic »
« Le champion a mythifié la photo »
« C'est une affiche de film »
« De la boxe, il a fait un art »
« À la fois un philosophe, un super héros et un père »