La récompense décernée à « la Maison vide » a déchaîné les snipers littéraires contre son auteur, Laurent Mauvignier. Et si on lisait vraiment ce qu'il a écrit ?
La consécration va parfois avec des voix discordantes, recensions assassines et autres lancers de tomates : depuis Balzac et ses Illusions perdues, le sniper littéraire est un personnage familier de la scène journalistique, qui aime à se pousser du col aux dépens d’un écrivain dont il aura criblé l’œuvre de fléchettes généralement trempées d’un peu (voire beaucoup) de mauvaise foi. Prix Goncourt 2025 pour La Maison vide (éditions de Minuit), fresque bâtie sur les blancs de son histoire familiale, Laurent Mauvignier constitue une cible de choix, qui par une phrase toute en nuances et circonvolutions, travaillée sans relâche sur sept cent quarante-quatre pages, veut cerner les traumas des générations qui l’ont précédé.
La Maison vide fait revivre, à partir de photos lacérées, d’une commode au marbre ébréché, d’un piano désormais muet, les fantômes de femmes brisées, d’hommes enfermés dans une virilité obligée et d’enfants mal-aimés qui arpentent les terres rurales de La Bassée – le territoire fictif de prédilection de l’auteur – tandis que nous parvient l’écho des champs de bataille de deux guerres mondiales qui coûteront la vie à Jules, aïeul enseveli dans les tranchées, et l’honneur à sa fille Marguerite, la grand-mère de l’écrivain, tondue à la Libération pour avoir couché avec l’ennemi.