La journaliste Morgane Champommier revient pour « Arnaques ! » sur la gigantesque escroquerie, 25 millions d’euros de préjudice, montée par le milliardaire Sadri Fegaier. Et révèle que malgré ses ennuis judiciaires, il poursuivrait ses activités.
© Delmarty/ANDBZ/ABACAPRESS.COM
Il arrive que l’on soit rebuté par les formats de reportages des émissions de Julien Courbet. Le ton aguicheur, la mise en scène volontairement spectaculaire peuvent suffisamment agacer pour détourner le spectateur de ces programmes. Il aurait tort de le faire cette fois, car l’enquête de Morgane Champommier, diffusée dans le cadre d’Arnaques !, est proprement hallucinante.
La journaliste a repris la piste froide d’une vaste escroquerie qui avait défrayé la chronique l’an dernier : la SFAM (renommée depuis Indexia), une société spécialisée dans l’assurance de téléphones et ordinateurs, a piégé plus de 2 500 clients pour détourner leurs fonds. Le préjudice est estimé à 25 millions d’euros, avec des montants individuels qui grimpent parfois jusqu’à 20 000 euros. À la tête de cette arnaque, Sadri Fegaier, un Drômois devenu 58e fortune de France et plus jeune milliardaire du pays, avant de dégringoler suite à la liquidation de la SFAM, endettée à hauteur de 500 millions.
Un nouveau business en Espagne
Après avoir interrogé les victimes, l’équipe d’« Arnaques ! » a décrypté les méthodes de Fegaier. On est loin du conte de fées qui a accompagné son ascension. L’avocate des clients lésés est tombée des nues en constatant que des contrats avaient été passés sans approbation ni information claire, voire à l’aide de fausses signatures, et surtout la mise en place d’ « outils informatiques pour prélever les consommateurs sans leur consentement » et « sans que leurs données bancaires aient été communiquées » ! Des témoins montrent aussi des relevés de comptes où jusqu’à quatre sociétés différentes, mais appartenant toutes à Fegaier, ponctionnaient parfois plusieurs fois par mois.
Pour contraindre ses salariés à perpétrer ce système, il les payait bien (« 30 ou 40 % au-dessus du marché », disent-ils), distribuait primes et cadeaux… Il a même réussi à nouer un partenariat avec la Fnac, qui copiait alors ses méthodes, raconte un couple, en échangeant des informations sur ses clients avec une autre enseigne du groupe, Darty, pour lui permettre d’accéder là encore aux comptes bancaires. Résultat : 450 prélèvements en cinq ans… Le documentaire passe d’ailleurs sans doute un peu vite sur la responsabilité des banques. Un ancien cadre informatique de la SFAM explique même que l’entreprise avait conçu un logiciel de hameconnage agressif : il suffisait de recevoir un mail proposant un contrat d’assurance pour être piégé, une non-réponse enclenchant automatiquement l’abonnement ! « Quasiment tout le chiffre d’affaires de la société était basé sur des prélèvements abusifs », selon cet ancien salarié. Quant aux remboursements une fois découverts ces indélicatesses, n’y pensez pas : « Il n’y a jamais eu de service remboursement », souffle une ancienne responsable syndicale CFDT de la SFAM.
Le pire, Morgane Champommier l’a découvert à Madagascar, où Fegaier délocalisait une partie de son arnaque, et en Espagne. Dans un centre d’appels de l’île, il a fait travailler une équipe « dix heures par jour, samedi compris » à ponctionner le plus de comptes possible… entre le prononcé de la liquidation judiciaire de la SFAM, en octobre 2024 et le procès en décembre de la même année ! Et encore aujourd’hui, malgré une peine de prison, une amende relativement indolore (300 000 euros) et l’obligation de rembourser les victimes et le Trésor public (il a en outre fraudé l’Urssaf à hauteur de 14 millions), les affaires continuent. Trois mois après cette condamnation dont il a fait appel, il aurait contacté Younès, le responsable du centre d’appels malgache, pour « remonter un business en Espagne ». Il y vend, via une entreprise créée au nom de sa compagne, des caméras de télésurveillance et surtout les assurances qui vont avec. On ne change pas un business plan qui fonctionne et qui lui permet de maintenir, avec l’argent de clients souvent modestes, un train de vie de roi.
Arnaques !, M6, diffusée ce vendredi 31 octobre à 21 h 10
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