L’acte est devenu presque banal : il s’agit de déplacer l’intervention de l’institution, du bureau ou service, au domicile, afin d’être au plus près de la personne aidée voire dans son intimité. De la petite enfance à l’extrême vieillesse, de nombreux professionnels franchissent le seuil du domicile pour organiser la vie familiale et offrir une aide, que ce soit à la demande de l’usager ou sur un mode plus contraint. Mais cette intrusion, même bienveillante, n’est pas sans risque, tant pour l’hôte que pour le professionnel. Curieusement, cette pratique reste peu interrogée, peu préparée dans les formations initiales, laissant chacun à une improvisation plus ou moins réussie de la rencontre. Le recours de plus en plus fréquent à ce mode d’intervention, souvent pour des raisons budgétaires de moindre coût, mérite de peser les avantages et les inconvénients de ce qui reste une intrusion, car ce lieu est bien plus qu’une simple architecture, qu’un bâti pour ses occupants.
Le domicile, c’est avant tout un lieu sacré, protégé par la Convention européenne des droits de l’homme en son article 8-1 qui précise que « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale,de son domicile et de sa correspondance ». L’ingérence en ce lieu doit donc être particulièrement justifiée. De plus, la maison, d’un point de vue psychologique, est bien plus que des murs. La maison est l’expression même de celui qui l’habite. C’est à ce titre que le psychanalyste Alberto Eiguer (2004) a pu dire : « Montre-moi ta maison, je te dirai qui tu es…