AboLac LémanLes filets sont vides, les pêcheurs de Genève demandent de l’aide
Les professionnels de la pêche demandaient une exemption de loyer. À voir, répond le Canton.
- Les prises de perches ont chuté depuis juin 2024.
- Les pêcheurs professionnels genevois font face à une crise financière sans précédent.
- Les autorités genevoises étudient différentes mesures d’aide pour treize pêcheurs, mais c’est lent.
«2022 a été une bonne année, 2023, une année normale, mais en juin 2024, les prises se sont effondrées, et elles ne sont jamais revenues à la n0rmale», déplore François Liani.
À la maison de la pêche, qui abrite quatre pêcheurs professionnels au bord du lac, le moral vole bas. En cause, la disparition des perches, LE poisson du petit lac, dont chacun raffole même si le lac compte bien d’autres espèces gustativement intéressantes. «Une bonne année, on récoltait quatre tonnes de perche, ce qui donne 1,5 de filets. Aujourd’hui, on pêche 10% de ce total.»
Causes de la crise
Les raisons de cette baisse des prises sont difficiles à cerner: c’est un ensemble, probablement lié à la montée de température de l’eau, la concurrence des cormorans, des silures, la prolifération des moules quagga, qui filtrent l’eau de ses aliments, etc. Bref, le cycle de reproduction et de croissance de la perche est perturbé. Le poisson aurait aussi changé de comportements en descendant plus profond.
Pour tenir, les petits indépendants disent avoir brûlé leurs réserves financières, emprunté à leur famille, coupé dans les frais. Mais on arrive au bout. «J’ai bouffé mes 52 ans d’économie», souffle Michel Perrissol, un des pêcheurs concernés, qui souligne n’avoir pas de deuxième pilier.
Pour s’en sortir, les professionnels ont adressé le 20 février une lettre au Département du territoire (DT). S’appuyant sur une chute des prises de 60% entre 2023 et 2024, ils réclament une exemption de loyer pour le premier semestre. La demande est urgente, le ton pressant, mais la réponse du Département n’arrive que… le 26 juin. Le patron du Département, Antonio Hodgers, ouvre tout de même la porte à l’aide. Il demande aux professionnels de prendre contact avec la cheffe du service de gérance de l’Office des bâtiments, en vue, nuance, d’un «arrangement de payement des loyers». «À voir si ce n’est pas un simple report des loyers, d’une année sur l’autre. Parce que ça ne servirait à rien», soupire François Liani.
Élément favorable, le DT semble considérer que les problèmes sont durables puisqu’il évoque un arrangement pour cinq ans. Le patron du Département suggère aussi de s’adresser au Département de l’économie et de l’emploi pour explorer la piste des réductions d’horaire de travail, ce qui peut surprendre, puisque les pêcheurs sont des indépendants, et n’ont pas d’employés.
Une solution se dessinerait
Les professionnels avaient aussi pensé au Département de l’économie. Le 12 juin, ils lui ont écrit et contact a été pris. Quel est le résultat de toutes ces démarches? Une aide qui concernerait les treize pêcheurs professionnels enregistrés à Genève serait envisagée. Le dossier est dans les mains du DT. À ce stade, rien n’est sûr: «On nous dit qu’il faudra présenter sa feuille d’impôt, pour démontrer ses pertes de revenus, mais c’est toujours ça», espère François Liani.
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