L’architecture de Mariam Issoufou est singulière. Peut-être parce qu’elle a quelque chose de familier, alors qu’en fait elle ne ressemble à rien de connu. Ici, un mur construit en briques de terre crue compressée s’incurve comme du béton. Là, une fenêtre en ogive telle qu’on a pu en apercevoir dans une ville médiévale ou une cour intérieure de village, ou les deux.

Ses bâtiments portent le poids de la mémoire et ont l’éclat de l’inventivité. Ils semblent appartenir autant au passé qu’à un avenir, pas encore pleinement réalisé, à la croisée de l’imagination, des temps anciens et de la réalité. Il se dégage de ses structures comme un silence – de ces silences qui flottent sur les espaces pensés avec soin et patience.

Démêler modernité et occidentalité

Dans le village de Dandaji, dans les plaines arides de l’ouest du Niger, son pays d’origine, une bibliothèque se dresse à côté d’une mosquée, toutes deux construites avec de la terre extraite à quelques mètres de là. Cela n’a rien de symbolique ; tout paraît naturel. Comme si le village avait décidé de se développer en hauteur, et que Mariam Issoufou lui avait simplement donné forme.

À Niamey [la capitale du Niger], un immeuble d’habitation destiné à une classe moyenne en plein essor ne ressemble en rien à l’archétype des banlieues occidentales. On y trouve au contraire des cours où les habitants peuvent se réunir, des murs épais qui rafraîchissent l’air sans machines, des passages qui serpentent et s’évasent comme les allées d’u