Enquête sur la responsabilité de l'Etat dans le scandale du chlordécone aux Antilles
Lundi 16 septembre débutent les auditions de la commission d'enquête parlementaire sur le chlordécone. Durant six jours, les parlementaires devront faire le point sur l'utilisation de ce pesticide dans les plantations de banane jusqu'en 1993, et sur la responsabilité de l'Etat.
Gaëlle Fleitour
\ 07h48
Mis à jour 16 Sept. 2019
Gaëlle Fleitour
Mis à jour
16 septembre 2019
Quelques jours après que deux associations, Vivre et le Cran, aient lancé une action collective contre l'Etat dans la contamination des sols au chlordécone, les parlementaires entament un marathon d'auditions pour faire le point sur les responsabilités de l'utilisation de ce pesticide. Ce dernier figure depuis huit ans sur la liste rouge européenne des produits chimiques, car considéré comme un polluant organique persistant (POP), selon la définition donnée par la Convention de Stockholm.
Utilisé jusqu'en 1993 aux Antilles
Aux Antilles, le chlordécone est accusé d’avoir généré un désastre environnemental et sanitaire. Cet organochloré, commercialisé dans le monde à partir de 1958 mais interdit en 1976 aux États-Unis, fut déconseillé en France dès 1968 mais maintenu sur le marché via des autorisations provisoires, avant d'être banni en 1990. Il resta utilisé malgré tout, grâce à des dérogations, jusqu'en 1993 aux Antilles par les producteurs de bananes pour lutter contre le charançon dans les plantations. Il y est toujours présent dans les sols, voire dans certains denrées végétales ou animales et des captages d'eau.
Le parcours tumultueux du "Kepone"
En septembre 2018, alors qu'il visitait l’exploitation d'un agriculteur concerné par la pollution de ses terres, le président de la République Emmanuel Macron avait reconnu que l’Etat devait "avancer sur le chemin de la réparation" de ses ravages. "La pollution à la chlordécone est un scandale environnemental dont souffrent la Martinique et la Guadeloupe depuis quarante ans. (...) Le fruit d'un aveuglement collectif", avait-il déclaré. "L'Etat, les élus locaux ont accepté cette situation, pour ne pas dire, l'ont accompagnée en considérant qu'arrêter le chlordécone c'était menacer une partie des exploitations", accusait le Président.
Produit Des Etats-Unis au Brésil
Initialement breveté en 1952 et produit par Allied Chemical, une filiale du chimiste américain DuPont, le "Kepone" est vendu en France par le chimiste français Seppic (devenu depuis une filiale du groupe Air Liquide), selon le parcours tumultueux du chlordécone en France retracé par l'Anses.
Il est fabriqué dans trois usines aux Etats-Unis, jusqu’à ce que l’insecticide y soit interdit de production et de commercialisation suite à un accident industriel et de graves pollutions (voir le rapport du Sénat sur l'utilisation de ce pesticide).
Entre 1972 et 1976, le Kepone est importé aux Antilles par un producteur béké de la Martinique, la société Vincent de Lagarrigue, mais acheté à DuPont. Puis, nouveau changement de fabricant : devenu "Curlone" en 1981, le chlordécone est importé par Vincent de Lagarrigue mais fabriqué au Brésil par la société AgroKimicos, jusqu’à son interdiction définitive aux Antilles.
Un impact sur la santé humaine
"Plus de 90% de la population adulte" en Guadeloupe et Martinique serait contaminée par le chlordécone, selon l'agence Santé publique France. Considéré comme "cancérigène possible" par l’Organisation Mondiale de la Santé, le produit est soupçonné notamment d'être responsable d'une explosion des cancers de la prostate aux Antilles.
80 personnes auditionnées
Les parlementaires se donnent six jours au cours desquels ils ont prévu d'interroger plus de 80 personnes parmi lesquelles associations écologistes, les organes de santé et certains professionnels pour faire le point sur le sujet. Leur rapport est attendu pour le mois de décembre 2019