Les propositions faites dans cette partie du livre affrontent trop de tabous pour qu’il y ait quelque justification à s’arrêter sur ce chemin, et pour qu’on ne se résolve pas à en affronter d’autres encore. Ce qui, en fait, peut encourager à persévérer sur cette voie iconoclaste, c’est moins un goût de la vaine provocation qu’une prise de conscience : dans les conceptions qui sous-tendent l’enseignement des langues en Europe, tout s’ordonne en un ensemble cohérent. Remettre en cause une partie de l’édifice conduit à découvrir la fragilité d’autres parties et à s’interroger sur l’opportunité de les maintenir en l’état. Dans ce qui suit, je suggère d’abord que l’anglais ne soit pas introduit à l’école primaire, et je donne les raisons de cette suggestion. La section suivante indique quelles langues devraient être introduites. J’examine ensuite les objections qui peuvent être faites à ces propositions, et m’efforce d’y répondre. Une dernière section précise la place qui devrait être donnée, dans l’enseignement, à l’anglais, ainsi qu’aux autres langues.
Je donnerai plus bas les raisons générales qui devraient justifier l’absence de l’anglais dans l’enseignement primaire. Je commencerai par en rappeler ici de plus particulières. En France, si l’anglais était présent dès les premières années d’école, le risque ne serait pas négligeable d’une confusion qui conduirait les petits francophones à assigner leur sens anglais à des mots français qu’ils viennent à peine d’apprendre, et qui existent sous une forme à peu près semblable en anglais, parce que celui-ci, à la suite de la conquête de l’Angleterre par le duc Guillaume de Normandie, les a empruntés, de la fin d…
Date de mise en ligne : 03/11/2021