L’autorité est en crise. On l’entend dire communément, audelà des clivages politiques. Cette crise serait à l’origine des problèmes évidents rencontrés dans des lieux sociaux comme l’école, la famille, l’entreprise, l’État, les banlieues « sensibles », les prisons… Sur ce thème, des livres paraissent ; la plupart des magazines et hebdomadaires y consacrent, année après année, leur cahier central.
Qu’est-ce que l’autorité ? Un consensus existe — j’y reviendrai dès le premier chapitre — pour la considérer comme le fait d’obtenir une obéissance volontaire, sans contrainte physique et sans qu’il soit besoin d’ouvrir la discussion ou de justifier ses exigences : une obéissance, en somme, irraisonnée et irréfléchie. Pour ceux qui ont vécu les années cinquante et soixante, il est vrai que les choses ont changé. L’accord semble se faire pour dater la rupture des événements de Mai 68, sans qu’il soit précisé, le plus souvent, s’il faut voir en eux une cause ou le moment d’apparition de changements qui évoluaient jusque-là à bas bruit.
Une telle façon de voir appelle au moins trois remarques. Tout d’abord, l’histoire montre qu’il est de bonne prudence, à toutes les époques, de se méfier des météorologies d’air du temps et de quasi-unanimité ; et sans doute plus encore aujourd’hui, où le « correct » se décline sur tous les modes. On devrait, ensuite, s’étonner, dans notre monde compliqué, de la trop belle simplicité d’une explication unique pour des phénomènes qui touchent à des domaines aussi divers que ceux cités…
Date de mise en ligne : 07/04/2020