La boîte en carton mentionne "Pfizer" et "Viagra". à l’intérieur, les comprimés sont effectivement bleus, en forme de losange. Tout porte à croire que c’est un médicament traditionnel et pourtant, le produit n’est rien d’autre qu’une contrefaçon. Les douanes réalisent ce genre de prises toute l’année. En 2016, 4,2 millions de comprimés ont été saisis en France. "La France est essentiellement un pays de transit via, entre autres, les aéroports. Plusieurs hubs ont été identifiés, comme Roissy-Charles-de-Gaulle, le port du Havre mais aussi les routes françaises, sur lesquelles circulent principalement des médicaments illégaux venus d’Europe de l’Est", explique Nicolas Milhou, le chef de l’Observatoire du médicament de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED).
Achaque suspicion de fraude, une enquête est réalisée en interne, en collaboration avec l’ANSM, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) mais aussi les professionnels du médicament. "Lorsque nous avons un doute, nous nous tournons vers les laboratoires pharmaceutiques. Ils sont très proactifs de leur côté et ont eux-mêmes beaucoup d’informations sur les contrefaçons."
Pfizer compte, lui, 89 marques contrefaites qui circulent à travers 111 pays dans le monde. Le Viagra comptabilise environ la moitié des saisies. En deuxième position se trouve le Lipitor, un médicament anti-cholestérol, puis le Xanax. "Mais on trouve de tout. Aussi bien des anti-inflammatoires, que des hormones de croissance ou encore des anti-paludéens", témoigne Pierre Souverain, le directeur sûreté pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient chez Pfizer.
Agir sur le terrain et dans les usines
Pour lutter contre ce fléau, le laboratoire a formé des collaborateurs et mis en place des stratégies qui varient selon les pays concernés. "Notre équipe comprend des membres à travers le monde entier. Elle est composée d’anciens policiers, douaniers ou militaires, qui ont tous une expérience dans le domaine de l’investigation. Ils sont chargés de détecter les contrefaçons et de monter des enquêtes préliminaires. Ensuite, ils présentent des dossiers cohérents aux autorités compétentes dans chaque pays." En revanche, le labo-ratoire pharmaceutique n’a aucun moyen ni droit coercitif sur place. Pour faire avancer les dossiers, il travaille en bonne intelligence avec les autorités locales. Et se voit souvent obligé de multiplier les procédures. "Je ne connais pas un seul dossier qui n’ait pas une implication transfrontalière. Chaque contrefaçon traverse trois ou quatre pays, voire trois continents", ajoute Pierre Souverain.
Sur le plan industriel, Pfizer a également pris ses dispositions. "Nos médicaments les plus copiés sont équipés de dispositifs qui permettent de voir plus facilement s’ils sont contrefaits ou non, avec des hologrammes sur les logos ou sur les blisters. Il y a aussi le foiler, un morceau d’aluminium collé derrière le blister." Lorsque les copies sont si bien réalisées que les douanes ne savent pas trancher sur l’authenticité du produit, elles se tournent vers les industriels pour demander leur expertise.
"Les douanes peuvent nous communiquer un certain nombre d’éléments, comme le numéro de lot, les dates d’expiration et des photos, que nous envoyons à notre laboratoire situé à Sandwich en Grande-Bretagne. Ils ont accès à toute la base de données et aux bons-à-tirer. Nous pouvons demander un échantillon pour voir si l’analyse est suspecte." Autre indice : l’analyse du trajet du produit. "S’il part de Chine et va vers l’Afrique, cela ne correspond absolument pas à nos routes de transit." Quand un suspect est identifié, l’Observatoire du médicament prévient les douanes, lance des enquêtes et organise parfois des livraisons surveillées, pendant lesquelles il peut interpeller le receveur. Car à côté des pertes financières des laboratoires, c’est surtout la santé des patients qui est en jeu.