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Air France à Roissy: le décollage du siège social

Air France prend possession de son nouveau siège social conçu par le cabinet d'architecture Valode et Pistre sur le bord des pistes de Roissy: une opération conduite en quatre ans, dans une passe difficile pour la compagnie. Le projet a traversé la crise grâce à la pertinence et à la cohérence de sa structure urbaine et de son architecture à taille humaine. Décollage d'une cité tertiaire combinant convivialité et rationalité.

Par Francois LAMARRE

Publié le 1 juin 1995 à 01:01

« Une grande compagnie, sinon une compagnie glorieuse, une implantation en bord de pistes, vue par des millions de voyageurs... La tentation était grande de succomber au triomphalisme », résume Jean Pistre, architecte _ avec son associé Denis Valode _ du nouveau siège social d'Air France à Roissy. Mais le tandem a su résister à l'emphase et à la démesure pour concevoir « un outil de travail efficace, digne sans être écrasant ». L'ouvrage s'impose par la taille : 59.000 mètres carrés de surface utile déroulés sur 260 mètres le long du taxiway et assis sur un immense parking souterrain de 2.500 places sur quatre niveaux, à la mesure des personnels navigants ! Les architectes ont préféré recouper le gigantisme du projet pour trouver une échelle mieux adaptée à l'organisation du travail et à la place de l'individu dans l'entreprise. « Le siège se décompose en petits bâtiments regroupant des unités fonctionnelles d'une cinquantaine de personnes », commente l'architecte, qui s'est attaché à traduire la structure et le fonctionnement de la compagnie sous la forme d'une cité tertiaire qui prend vie en ce moment.
Les 250 premiers arrivants se sont installés à la veille de l'Ascension, amorçant le décollage du nouveau siège social, grossi des services afférents. Près de 2.000 personnes sont attendues d'ici à la fin juillet, au terme d'un transfert rigoureusement planifié par la vente de l'ancien siège de Montparnasse. « L'opération s'est déroulée dans une conjoncture épouvantable, l'une des plus difficiles que la compagnie ait connue », rappelle Alain Gille, directeur des affaires immobilières, transfuge de l'Assistance publique ayant rallié Air France pour conduire l'opération. Tout au long du projet, le pilote a su se montrer confiant : « Le cap a été fermement maintenu et l'opération arrive à bon port. »

« Simple opération conjoncturelle de valorisation immobilière, l'affaire aurait immanquablement capoté », estime Alain Gille. Mais les objectifs définis sans ambiguïté au départ l'ont placée dans une perspective incontestable de rationalité : « Opérer le recentrage stratégique de la compagnie sur son site principal d'exploitation en la dotant d'un outil dont la durée de vie attendue est de l'ordre du siècle ». Condition de cette ambition, la flexibilité-divisibilité des espaces s'est traduite par une forme urbaine, application du concept de ville à l'implantation tertiaire. « A cette échelle de projet, une réflexion urbaine s'impose », commente Alain Gille, dont les références sont le siège de SAS de Ralph Erskine, à Stockholm, et l'hôpital Robert-Debré de Pierre Riboulet, à Paris, dont il pilota la construction.
La forme d'une ville
Lauréat du concours d'architecture organisé à l'automne 1991, le cabinet Valode et Pistre a répondu à la lettre au programme et réalisé une composition à la fois rigoureuse et accueillante, répondant à une rationalité économique que l'on sentait déjà prégnante, Air France affichant alors un premier exercice en déficit. « Il fallait trouver le ton juste », énonce Alain Gille, qui déclare sa foi inébranlable dans la procédure des concours pour guider le choix du maître d'ouvrage. La crise se creusant inexorablement, le projet s'est adapté, « sans déperdition de qualité », assurent unanimes le maître d'ouvrage et ses architectes. En quatre ans, le projet a connu une densification des surfaces de 18 % _ autorisant d'autres transferts _ et une réduction des coûts de 9 % après analyse de toutes les prestations. Pris en cisaille dans cette logique économique, l'ouvrage n'aurait pas souffert de déshabillage. Calculé par Meunier Promotion, assistant du maître d'ouvrage, le prix des bureaux ressort à 7.850 francs HT le mètre carré équipé pour un montant global de travaux, honoraires compris, de 800 MF.
« Développée dans la profondeur du terrain, la composition procède de l'assemblage selon une progression géométrique qui génère des jardins intérieurs tous différents », commente Jean Pistre, qui a recherché « le repli d'un lieu de lumière et de calme comme antidote aux réacteurs des gros porteurs en partance pour l'autre bout du monde ». La composition épouse l'emprise triangulaire du terrain et dessine en front de piste « une grande ligne blanche ascendante par paliers successifs ». Déployé en nappe, l'ouvrage s'étire en façade, culminant à six niveaux en bout de piste: étendu au sol et tendu dans l'envol !

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