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Parlez-vous rémois ?

Chaque région a sa façon de causer et Reims n'y échappe pas. Pour autant, il n'existerait pas d'accent rémois.

Temps de lecture: 3 min

NOMBREUX sont les Rémois à qui on a rappelé un jour, avec un brin de mépris, qu'on ne disait pas « ui » mais « oui ». « Si vous savez ce que veut dire « s'entrucher » (avaler de travers) et si, lorsque vous dites « je ne sais pas », ça tend beaucoup vers « ché pô », ça veut dire que vous venez de Reims. » C'est par ces mots que commence l'article « Tu sais que tu viens de Reims quand » du blog Infotourisme.

Dans les particularités rémoises, marnaises ou champenoises, il y a les mots déjà évoqués tout au long de la semaine : s'empierger, la bâche, les galipes, la papinette et la targette. Mais c'est aussi à la prononciation qu'on reconnaît les Rémois du terroir. Claudine Vaillant, présidente du syndicat des orthophonistes de la Marne, a rassemblé quelques particularités.
Comme par exemple l'absence de différence entre la prononciation du « é » et du « è ». Le café au lait se transforme souvent en café au lé.
Claudine Vaillant confie qu'elle-même a été reprise sur ces mots en arrivant à Paris pour ses études. « Il y a quelques années, les instituteurs rémois ne faisaient eux-mêmes pas la différence. Maintenant, l'erreur commence à disparaître. Mais on l'entend encore un peu. »

La pronociation du « a » interpelle aussi l'oreille d'un Parisien arrivant à Reims. Il est prononcé avec une bouche plutôt fermée, ce qui peut donner un son entre le [a] et le [o]. Mme Bertrand, une Rémoise d'origine polonaise, parle même d'un son très guttural des voyelles prononcées par les Rémois, c'est-à-dire venu du fond de la gorge.

« Vingte! »

Parmi les distinctions plus ou moins absentes de la prononciation locale, on trouve aussi le « an » et le « on ». « Mais cette particularité se fait plus sentir dans les Ardennes que dans la Marne », continue Claudine Vaillant. Pour chipoter, on relève aussi une différence qui ne serait pas faite entre le [in] de « pain » et celui de « brun ».
Outre ces subtilités, il y a un mot qui peut indiquer si vous êtes champenois d'origine ou non. Il s'agit de « vingt ». La prononciation du « t » final est aussi emblématique que le « ui » pour dire « oui ».

Question d'oreille

Malgré tout, Claudine Vaillant refuse de parler d'un véritable accent rémois, marnais ou champenois.« Ce sont plutôt des intonations, un peu tordues. »
Que ce soit parmi les Rémois ou parmi les non-autochtones arrivés récemment, tous ne sont pas d'accord sur l'existence d'un accent rémois. Certains l'entendent, d'autres non. Certains ont des amis qui leur font remarquer qu'ils sont bien Rémois, d'autres non. Claudine Vaillant explique ce phénomène par une formation de l'oreille, dès la naissance. « A la naissance, on est capable de distinguer environ 450 intonations. Les distinguer permet de les reproduire. Mais peu à peu, les conduits neurologiques se bouchent, et l'on perd près de 80 % de ces capacités. » Tout dépend donc de l'environnement linguistique dans lequel chacun a passé les premières années de sa vie.
Claire MARTIN-DELOZANNE