« Street-Level Bureaucrats as Policy Makers », telle est la thèse centrale et fondatrice du livre de Lipsky de 1980, réédité en 2010. Cet ouvrage a fait de cet auteur un pionnier (Gilson, 2015) en matière d’analyse des politiques publiques et de l’action publique, mais aussi d’études des administrations publiques et de leurs particularités. La thématique fait d’ailleurs aujourd’hui l’objet d’un large référentiel parmi lesquels les travaux de Zacka (2017), de Hupe et al. (2016), de Hill & Hupe (2014), de Dubois (2016 ; 2010b), ou de Weller (1999).
Légitimée par une lignée de travaux aux méthodologies qualitatives et ethnographiques, initiés dès 1969 puis développés durant les années 1970 (Lipsky, 1977 ; 1971 ; Weatherley & Lipsky, 1977), la Street-Level Bureaucracy de Lipsky peut être entendue littéralement comme une « bureaucratie de rue » c’est-à-dire une bureaucratie de proximité. Celle-ci rassemble, selon Lipsky (2010 : 3), des organismes publics ou gouvernementaux dépendant du financement de l’État, et qui emploient de manière majoritaire des Street-Level Bureaucrats, considérés, en miroir du concept, comme des « bureaucrates de rue », c’est-à-dire de proximité, situés entre les décideurs politiques ou les gestionnaires publiques, et les usagers, bénéficiaires ou citoyens. Lipsky (2010 : 3) les définit comme des agents publics en contact direct avec les citoyens dans le cadre de leur travail et qui disposent d’un pouvoir discrétionnaire important dans l’exécution de leur travail, à l’image des enseignants, des policiers, des juges, des travailleurs sociaux ou des professionnels de santé…