Alors que tous les regards sont encore tournés vers les États-Unis, où les nominations quotidiennes des prochains responsables de l’administration Trump annoncent des temps sombres et vengeurs (nous y revenons largement dans ce numéro), nous avons choisi cette semaine de nous arrêter sur une actualité qui pourrait à terme bouleverser les équilibres géostratégiques : l’arrivée de plusieurs milliers de soldats nord-coréens en Russie pour combattre l’Ukraine.

Nous en avions déjà parlé dans l’hebdomadaire et sur notre site, mais cette fois nous avons voulu décrypter en profondeur la portée du rapprochement entre Pyongyang et Moscou. À lire les commentaires et analyses de la presse internationale, l’engagement nord-coréen ne changera sans doute pas la donne sur le terrain, mais il risque d’internationaliser un peu plus le conflit, et suscite déjà de nombreuses inquiétudes, notamment en Corée du Sud.

“Pour sa propre survie, le régime [de Pyongyang] a choisi de créer les conditions d’une possible guerre mondiale dans laquelle pourraient être entraînées les grandes puissances”, avance ainsi le quotidien Kyunghyang Shinmun. Mais ce qui alarme surtout le journal coréen, c’est la réaction de Séoul alors que les sources de tension se multiplient depuis des mois. “Je n’avais, jusqu’à présent, jamais eu autant peur que la guerre éclate ici”, appuie le rédacteur en chef du quotidien d’opposition Hankyoreh. Le mensuel The Diplomat dresse le même constat : “Les dirigeants agissent peut-être à l’échelle mondiale, mais ils pensent à l’échelle locale. Nulle part cette situation n’est plus évidente que dans la péninsule coréenne, où le risque d’un conflit dévastateur s’accroît.”

Alors, est-on à un tournant de la guerre qui menacerait la sécurité mondiale, comme l’écrit le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, dans Politico ? Pour le chroniqueur Roger Boyes, le rapprochement entre Poutine et Kim doit surtout se lire comme une façon d’anticiper le déclin de l’influence américaine dans le monde. “La réaction logique à la contraction d’un adversaire devrait être une expansion stratégique de l’axe antioccidental”, écrit-il dans The Sunday Times. “Qu’est-ce que Kim va en retirer ?” interroge-t-il.

“L’Ukraine sera le banc d’essai des armements que Kim pourrait déployer dans ses propres guerres futures. Mais surtout, Kim a obtenu que Moscou reconnaisse que son pays est une puissance nucléaire à part entière.”

Quid de la Chine dans cette équation ? Pékin voit sans nul doute d’un mauvais œil ce partenariat, estime The Wall Street Journal. Pour Pékin, écrit le quotidien américain, “le principal souci est de savoir dans quelle mesure un rôle opérationnel des Nord-Coréens pourrait entraîner une coopération militaire plus étroite entre les États-Unis, l’Europe occidentale et leurs alliés en Asie-Pacifique”.

Sur le terrain, alors que le 19 novembre marquait le 1 000e jour de la guerre, le rapport de force semblait ces dernières semaines de plus en plus défavorable à Kiev. Le week-end dernier, la Russie a lancé une nouvelle attaque massive sur l’Ukraine. Pour The Guardian, le Kremlin montre ainsi qu’il est “peu d’humeur à faire des compromis après la victoire de Donald Trump”. “Voici la véritable réponse du criminel de guerre Poutine à tous ceux qui l’ont appelé et lui ont rendu visite récemment”, a réagi le ministre des Affaires étrangères ukrainien.

Andriy Sybiha faisait allusion au récent coup de fil du chancelier allemand, Olaf Scholz, au maître du Kremlin. Une première en deux ans, qui a alimenté à Kiev un peu plus les craintes d’un lâchage occidental, surtout après l’élection de Donald Trump. Pourtant, le 13 novembre, le vent a (légèrement) tourné : Joe Biden a fini par autoriser l’Ukraine à utiliser des missiles à longue portée pour frapper la Russie en profondeur.

Pour The New York Times, c’est l’arrivée des soldats nord-coréens sur le front qui aurait motivé ce revirement. Et si ces missiles ont peu de chances d’infléchir le cours de la guerre, c’est aussi une façon pour Joe Biden de saper “les intentions de Trump de parvenir à un accord de paix très favorable à la Russie”, commente El Mundo. Les grandes manœuvres sont loin d’être terminées en Ukraine.