Deux mois après son arrivée au pouvoir, en 1999, le président algérien Abdelaziz Bouteflika présentait la loi dite de concorde civile. Pour mettre fin à dix ans de guerre entre les militaires et les islamistes, elle offrait l’amnistie à ces derniers à condition qu’ils n’aient pas commis de crimes : «Tous les terroristes que l’on exhibait à la télévision au journal de 20 heures expliquaient qu’ils avaient travaillé comme cuisiniers dans les maquis des tueurs», explique avec une ironie rageuse un personnage de Houris. La vérité en Algérie n’est pas seulement travestie, elle est aussi interdite. En exergue, Kamel Daoud cite un article de loi qui promet une peine de prison de trois à cinq ans «pour quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale». Troisième roman de Kamel Daoud, publié dix ans après Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Houris insiste sur le silence que contrebalancent la pensée et l’observation, autant de ruses qui autorisent
Chaque semaine, une lectrice ou un lecteur chronique un coup de cœur. Aujourd’hui, quatre copines prisonnières de la Géorgie des années 1980.