Elections américaines : le vote latino plus décisif que jamais

Devenus la première minorité ethnique des Etats-Unis, les hispaniques représentent un nouveau poids lourd électoral qui transcende la division partisane.

Depuis 2020, la moitié des nouveaux électeurs est hispanique

La démographie des Etats-Unis change et, avec elle, son électorat. Le 5 novembre, 36 millions de Latinos sont appelés aux urnes pour élire le prochain locataire de la Maison Blanche. C’est deux fois plus qu’il y a vingt ans. Depuis le scrutin présidentiel de 2020, les nouveaux électeurs du pays sont, pour la moitié d’entre eux, hispaniques.

Les Latinos détenant actuellement un bulletin sur sept, leur vote peut s’avérer déterminant.

Sur l’échiquier politique, les Hispaniques représentent un poids lourd endormi qui s’éveille peu à peu. Si leur taux de participation reste bien inférieur à celui des autres groupes ethniques, il augmente d’année en année. En 2020, pour la première fois aux Etats-Unis, plus de la moitié des électeurs latinos ont voté.

L’impact de la participation de ce groupe démographique dépendra en grande partie de l’efficacité des deux camps rivaux à convaincre les indécis de se rendre aux urnes. Deux mois avant l’élection, plus de la moitié des Latinos n’avaient pas encore été contactés par les démocrates ou les républicains pour s’inscrire sur les listes électorales.

Traditionnellement démocrate, le vote latino devient moins prévisible

Dans la course à la Maison Blanche, les Latinos ont traditionnellement apporté un large soutien au candidat démocrate. Seuls Ronald Reagan (37 % en 1984) et George W. Bush (40 % en 2004), appréciés de cette communauté, se sont démarqués côté républicain.

Cependant, depuis dix ans, ce soutien s’effrite. Lors de sa réélection, en 2012, Barack Obama avait devancé son adversaire de 44 points dans le vote hispanique, contre seulement 21 points pour Joe Biden face à Donald Trump en 2020.

Selon les sondages les plus récents, cette marge tomberait même à 14 points en faveur de Kamala Harris cette année, soit le score le plus bas jamais atteint pour un candidat démocrate.

La fin du stéréotype du « Latino démocrate » s’explique en grande partie par l’évolution démographique et l’hétérogénéité de ce groupe.

Un électorat travailleur

En vingt ans, les Latino-Américains ont muté d’une population principalement née à l’étranger à une population majoritairement née aux Etats-Unis. Parmi les adultes, la proportion des natifs américains est passée de 45 % en 2007, à 55 % en 2019.

N’étant plus automatiquement liées à l’immigration, leurs préoccupations évoluent. Certains Hispaniques ne se reconnaissent plus dans l’image de minorité opprimée dénoncée par les démocrates pour remporter leurs suffrages.

Surreprésentés dans le secteur ouvrier, ils s’intéressent davantage aux questions économiques telles que le coût de la vie, l’emploi ou l’inflation.

Sur ces sujets, nombreux se montrent critiques envers le bilan de Biden, marqué par la hausse des prix et du chômage dans la foulée de la pandémie de Covid-19.

Si ces préoccupations économiques paraissent faire l’unanimité, il est en revanche faux de considérer les Latinos comme un bloc monolithique qui voterait à l’unisson. Cette communauté, très hétérogène, réagit différemment selon l’âge, le genre ou l’origine géographique.

Une nouvelle génération moins partisane

Avec un Latino sur cinq qui votera pour la première fois de sa vie à la présidentielle de novembre, ce groupe ethnique représente le plus grand réservoir de jeunes au sein de l’électorat américain.

Les moins de 30 ans représentent ainsi 31 % des électeurs hispaniques, contre 20 % pour l’ensemble des votants du pays.

Cette nouvelle génération se montre plus indépendante et moins partisane. Selon les sondages récents, elle est moins susceptible que ses aînés de s’identifier au camp démocrate ou républicain.

Au sein de l’électorat latino, une autre divergence s’observe entre les femmes et les hommes. Alors que les premières affichent un soutien solide au camp démocrate, les seconds se montrent souvent plus réceptifs aux idées de Trump. Ce décalage peut être corrélé avec l’écart – le plus important parmi les groupes ethniques – qui subsiste au sein de la population hispanique en matière d’éducation : 33 % des femmes sont diplômées de l’université, contre 26 % des hommes.

Enfin, les Latinos ne votent pas de la même façon selon leurs racines géographiques. Les électeurs originaires du Mexique, de Porto Rico ou du Guatemala se définissent plutôt comme de centre gauche. Ceux qui sont originaires d’Etats marxisants, comme Cuba ou, plus récemment, le Nicaragua et le Venezuela, penchent vers le camp trumpiste et sa rhétorique antisocialiste.

Ces résultats soulignent la volatilité de l’électorat latino, qui ne peut plus être considéré comme acquis, notamment par les démocrates.

Un vote de poids dans les Etats-clés

Par le passé, le vote latino, bien que traditionnellement en faveur des démocrates, n’a jamais joué de rôle décisif au niveau national. En très grande majorité concentrée dans des Etats historiquement démocrates (Californie, New York) ou républicains (Texas et, plus récemment, Floride), la communauté hispanique n’a pas eu de poids déterminant sur le plan électoral.

Cette année, le résultat de la présidentielle va dépendre d’Etats-clés, comme l’Arizona, le Nevada ou la Pennsylvanie, qui ont tous connu une forte croissance de la population latino ces quatre dernières années.

Nouveau-Mexique

Le Nouveau-Mexique est le seul Etat dans lequel le vote latino est supérieur en nombre à celui des Blancs.

Nevada

Les inquiétudes économiques ont renforcé le soutien hispanique à Trump dans le Nevada, un Etat difficilement acquis par les démocrates lors des derniers scrutins.

Le Silver State, fortement dépendant du tourisme, a le taux de chômage le plus élevé du pays depuis la pandémie de Covid-19. Un épisode traumatisant pour les travailleurs latinos, très présents dans l’industrie des casinos et de l’hôtellerie de cet Etat.

Arizona

Républicain depuis 2000, l’Arizona a basculé en faveur de Biden en 2020 en partie grâce à l’augmentation du vote des Latinos, qui y représentent un quart de l’électorat.

Si les démocrates paraissent en tête de course, ils sont contestés dans des domaines tels que la sécurité liée à l’immigration. Ce sujet est crucial dans cet Etat qui partage plus de 600 kilomètres de frontière avec le Mexique.

Pennsylvanie

Si le vote hispanique se concentre dans le sud-ouest du pays, le bloc électoral déterminant pourrait bien être situé très loin de la frontière mexicaine.

La Pennsylvanie est considérée comme un Etat crucial dans le scrutin de cette année. Ses 579 000 électeurs hispaniques devraient y jouer un rôle déterminant, là où Biden ne l’avait emporté qu’avec 81 000 voix d’avance en 2020.

En Pennsylvanie, 53 % de la population latino est portoricaine, historiquement ancrée à gauche. Son taux de participation sera donc déterminant.

Wisconsin

Le Wisconsin n’est pas un bastion de l’électorat latino, mais ce dernier pèse désormais davantage que celui des Afro-Américains. L’Etat compte 187 000 électeurs latinos non inscrits, que les deux partis cherchent à mobiliser. Ils pourraient faire pencher la balance dans cet Etat où la victoire ne s’est jouée qu’à 20 000 voix lors des deux derniers scrutins.

Géorgie

En douze ans, l’électorat latino a plus que doublé en Géorgie, avec 435 000 électeurs. Leur taux de participation reste cependant l’un des points d’interrogation de la présidentielle. Fin août, 51 % d’entre eux ont déclaré n’avoir été contactés par aucun des deux partis.

Les républicains, au pouvoir dans l’Etat, n’y ont pas facilité le vote des minorités. A titre d’exemple, un seul des 159 comtés de l’Etat propose des informations en espagnol expliquant les modalités d’inscription pour participer au scrutin.

Floride

La Floride est aujourd’hui un bastion républicain. Les Cubains, principale communauté hispanique de l’Etat, ont trouvé dans la rhétorique antisocialiste des républicains un écho à leur rejet du régime autoritaire en place dans leur patrie d’origine.

Mais les effets de ce discours tendent à se dissiper : les sondages indiquent que les Latinos associent de moins en moins les démocrates au socialisme.

Texas

Au Texas, l’avance des démocrates dans le vote latino s’est réduite de 10 points entre les deux dernières présidentielles.

Le comté rural de Starr, situé à la frontière mexicaine, illustre le basculement républicain d’une partie de cet électorat. Dans cette circonscription, à 97 % hispanique, le vote démocrate a chuté de 79 % à 52 %, entre 2016 et 2020. Sous son mandat, Donald Trump a gagné plus de terrain dans le comté de Starr que dans tout le reste du pays.

Cette année, les électeurs latinos sont assez nombreux pour faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre. Reste à savoir dans quelle proportion ils iront s’exprimer dans les urnes, le 5 novembre.