La magie de Noël a encore opéré cette année à Trets. La petite ville de Provence, dans le sud de la France, au pays des santons s’est retrouvée à la une des quotidiens régionaux deux jours d’affilée. Le 16 décembre dans la Marseillaise, le 17 dans la Provence, avec une page entière dédiée. Las, ce n’est pas la crèche de l’Eglise qui a attiré les gratte-papiers au pied de la Sainte-Victoire. Mais une jolie polémique autour du repas annuel offert par la mairie à son personnel… dans la salle d’un mouvement religieux.
Plus précisément au centre européen du bouddhisme de Nichiren, sis à Trets, propriété de la mouvance spirituelle Soka Gakai. Une déclinaison du bouddhisme venu du Japon que de méchants rapports parlementaires et de la Milivudes (mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires) avaient classé dans la rubrique secte jusqu’en 2007. Et pointaient son appétence financière.
Autant de paperasses qui n’ont pas effrayé le maire UMP de Trets, Jean-Claude Féraud, au moment d’envoyer son invitation au traditionnel repas de fin d’année, dans la salle Goka. 200 mètres carrés gracieusement prêtés…
Après tout l’édile connaît la maison. Son père, Jean Féraud, longtemps maire de Trets, avait fait en 1981 citoyens d’honneur de la ville Daisaku Ikeda, le chef de l’organisation. Un prêté pour un rendu, Jean fut la même année nommé professeur honoraire de l’Université Soka au Japon.
Mieux, c’est sous le mandat de Féraud que furent construits le centre européen de Bouddhisme, hôtellerie et temple compris, après deux modifications du Plan d’occupation des sols.
Et en 1983, il présida aux côté du chef de l’organisation la première fête de la Soka Gakkai à Trets.
Des relations très zen, interrompues en 1989 quand la mairie change de camp. Et remises au goût du jour depuis 2008 et l’arrivée à l’Hôtel de ville du fiston.
Non sans quelques suspicions… Prévue sur une partie de leur propriété, la construction d’une aire d’accueil des nomades, entérinée par le précédent conseil municipal en 2007, a été bloquée par la mairie. Avant que, sur demande de la nouvelle équipe, le projet ne soit légèrement modifié par la communauté urbaine du Pays d’Aix fin 2008, et déménage en zone agricole.
Une parfaite harmonie spirituelle entre municipalité et mouvance qui agace et inquiète quelques élus. Même au sein de la majorité, selon les témoignages recueillis par Bakchich. L’annonce de la tenue du repas de fin d’année dans les locaux du Soka n’a pas contribué à générer un climat de fête… Et l’opposition de bramer contre une entorse au principe de laïcité quand des élus de droite préféraient zapper le repas.
Fort remonté, Didier Pachou, président du Gemppi (association de prévention contre les dérives sectaires) s’est inquiété dans la Provence « De la neutralité d’une municipalité face à un groupe qui suscite bien des questions ? La Soka Gakkai est un mouvement religieux dont le prosélytisme ressemble aux méthodes des témoins de Jéhovah. Est-ce que les employés municipaux, face au maire qui est leur patron, ont toute latitude pour refuser l’invitation ? » Sur les 300 invités, seuls 120 ont répondu présent le 19 décembre.
Contactée, par nos soins, la mairie assure que le repas s’est « très bien passé ». La magie de Noël…
Droit de réponse de Jean-Claude Gaubert, porte-parole du consistoire national du Bouddhisme de Nichen
J’ai malheureusement constaté que certaines rumeurs à propos de la Soka Gakkaï, mouvement religieux que je préside en France se sont malencontreusement immiscées dans votre article, par le biais de propos de Didier Pachou, président du Gemppi (association de prévention contre les dérives sectaires), que vous avez repris, et qui avait déclaré dans La Provence que "la Soka Gakkai est un mouvement religieux dont le prosélytisme ressemble aux méthodes des témoins de Jéhovah".
Pour répondre d’abord à ce point, sachez que comme tous les mouvements religieux, nous avons des croyances et souhaitons tout naturellement les faire partager. Cependant, nous ne demandons rien aux pratiquants du Mouvement Soka sinon une pratique régulière. Bien sûr, de nouveaux venus sont invités à se joindre à nos réunions de discussion, à la manière de nombreux mouvements religieux, mais cela s’arrête là. Et nombreux sont les pratiquants à être les seuls à exercer leur culte dans leur famille !
Ensuite, en ce qui concerne les rapports qui nous auraient "classé dans la rubrique secte jusqu’en 2007".
Par erreur, par manque de connaissance, notre mouvement religieux a été victime, en 1983, d’une fausse accusation de "secte" dans un rapport parlementaire, depuis régulièrement repris dans les rapports ultérieurs et sans autre forme d’enquête ou d’interrogations sur la réalité de notre mouvement. Constatant l’erreur de cette accusation, les Services de Police et de la gendarmerie nationale français ont confirmé n’avoir relevé aucune dérive sectaire dans les activités de la Soka Gakkai en France, et le dernier rapport sur le sujet (décembre 2006) reconnaît également que le mouvement Soka Gakkaï (et donc le culte du bouddhisme de Nichiren) ne comporte, tant dans sa doctrine que dans les faits, "aucune comportement déviant" (page 39 du rapport).
En 2003, le ministre de l’Intérieur a confirmé cet état de fait dans un courrier qui nous a été adressé. Enfin, en 2008, Jean-Michel Roulet, alors président de la MIVILUDES, nous a lui aussi confirmé ce point dans un courrier. En 2009, nous avons par ailleurs rencontre Georges Fenech, actuel Président de la MIVILUDES : cela aurait-il été le cas si la moindre suspicion subsistait à notre encontre ?
Le mouvement Soka du Bouddhisme de Nichiren est bel et bien une religion qui compte plus de 12 millions de personnes à travers le monde. Comme vous le savez, il s’inspire de la doctrine de Nichiren Daishonin, moine bouddhiste japonais qui vécut au 13e siècle (1222 à 1282). Il est rattaché ai courant du Mahayana (Grand Véhicule).
Enfin, à propos de notre prétendue "appétence financière", sachez que le Mouvement Soka Gakkai n’a aucune exigence financière liée à la pratique du culte. A titre d’exemple, un tiers seulement des pratiquants contribue de façon volontaire (j’insiste sur ce point) par des dons (d’un montant variable et non obligatoire) au financement des activités cultuelles et religieuses.
Comme vous pouvez le constater, notre mouvement religieux et ses pratiquants subissent depuis plusieurs années les préjudices d’une rumeur infondée, qui a trouvé sa dernière illustration dans la triste polémique née à Trets. Les propos que vous rapportez sont l’écume des difficultés rencontrées uniquement en France.